YOROÏ (2025)


L'histoire

Après une dernière tournée éprouvante, Aurélien décide de s'installer au Japon avec sa femme Nanako, enceinte de leur premier enfant. Alors que le jeune couple emménage dans une maison traditionnelle dans la campagne japonaise, Aurélien découvre dans un puits une armure ancestrale qui va réveiller d'étranges créatures, les Yokaïs...


L'AVIS DE SF-STORY***

POINTS POSITIFS ET NEGATIFS

Une réussite visuelle, portée par les effets spéciaux de MacGuff, et l’inventivité de Tomaszewski, qui donnent vie à des yokaïs variés et à un univers inspiré du Japon. 

Une narration répétitive dans l’enchaînement des affrontements contre les yokaïs 

Yoroï de David Tomaszewski s’impose comme un objet singulier dans le paysage du cinéma fantastique français. Porté par une véritable inventivité visuelle, le film séduit par l’ambition de sa mise en scène et par la qualité de ses effets spéciaux, assurés par la société MacGuff, dont le travail se révèle particulièrement abouti. Les créatures, les décors et l’intégration des yokaïs témoignent d’un savoir-faire indéniable, renforcé par des costumes eux aussi très réussis. Chaque plan semble habité par un amour sincère pour le public d’Orelsan, pour le Japon et pour le cinéma d’arts martiaux.

Le film raconte le parcours d’Aurélien, double fictionnel d’Orelsan, confronté à ses peurs les plus profondes, matérialisées sous forme de yokaïs qu’il doit affronter pour reprendre le contrôle de sa vie. Malgré son apparence de comédie d’action fantastique, Yoroï se révèle aussi un film introspectif et intimiste, explorant des thématiques personnelles comme les addictions, la célébrité, les réseaux sociaux, la famille ou encore la paternité, un écho direct à la propre vie de l’artiste. L’armure, au cœur du récit, agit comme une métaphore du fardeau que représente l’ensemble de ces responsabilités. 

Le long métrage brille également par son attachement au Japon, cadre majeur du récit. Les amateurs de culture japonaise apprécieront les nombreuses références aux mythes et au folklore local, qui nourrissent l’univers visuel et narratif du film, ponctué de pointes d'humour (je ne connaissais pas le Festival Rap et Fromage de Pont L'Evêque). Les scènes de combat, souvent efficaces, mettent en valeur des affrontements contre des yokaïs aux formes variées, chacun étant lié au passé ou aux angoisses du protagoniste.

Cependant, malgré ses qualités, Yoroï peine parfois à maintenir son équilibre : la structure du récit devient assez répétitive dans l’enchaînement des combats contre les yokaïs, ce qui finit par atténuer l’impact dramatique. Si le film reste honnête dans ses partis pris et attachant dans sa démarche, il donne aussi le sentiment de tourner légèrement en rond dans sa dernière partie, cela n’enlève rien à la curiosité de cet OVNI de fantastique français, certainement imparfait mais sincère.

HORS-CHAMP*

De l’autodidaxie aux clips, la genèse de Yoroï

 

Le réalisateur David Tomaszewski explique avoir débuté très jeune : "J'ai commencé à faire des films amateurs vers l'âge de 15 ans", avant d’abandonner rapidement la fac pour travailler dans le cinéma. Sa rencontre avec Jacques Bled, cofondateur de la société d'effets spéciaux Mac Guff (L'homme qui rétrécit), après avoir vu Irréversible (2002) de Gaspar Noé, l’amène à intégrer le studio comme graphiste. Il devient ensuite indépendant, conciliant effets numériques le jour et courts-métrages autofinancés en travaillant de nuit.

Sa carrière évolue vers la publicité puis les clips, notamment avec Orelsan, avec qui il réalise plus de 80 clips en 15 ans, mais aussi pour Maître Gims ou Matthieu Chedid. 

"Ils sont cools" - Orelsan feat. Gringe / Prod: Cookin Soul / Réal: David Tomaszewski - Tous droits réservés

L’idée de Yoroï, qui signifie armure en japonais, remonte au clip "Ils sont cools" (2012), inspiré des Chevaliers des Zodiaque. Le projet prend forme en 2019 autour du thème de l’armure, puis se précise après la découverte de Mon Voisin Totoro (1988) de Hayao Miyazaki : "...j’ai connecté l’armure avec Totoro". Le film naît d’un simple texto, avec l’idée qu’Orelsan joue une version de lui-même : le réalisateur imagine alors Orelsan incarnant une version fictionnelle de lui-même, un artiste en perte de repères quittant Paris pour se reconstruire, l’armure symbolisant "le poids de la célébrité".

Le scénario, finalisé en 2023, repose sur un important travail de recherche sur la mythologie japonaise et les yokaïs, avec la volonté de rester fidèle à cette culture. Le récit explore aussi une dimension intime : "comment faire le ménage dans sa vie et ses démons lorsqu’on attend un enfant".

Des démons bien réels

 

Le film suit ainsi les péripéties d’un Orelsan romancé, qui s’exile au Japon pour fuir une vie devenue oppressante, entre pression médiatique et environnement personnel étouffant. L’histoire s’inspire directement de son album La fuite en avant (2025), dont elle reprend la structure de manière très littérale : chaque nuit, le personnage est confronté à des démons bien réels. Cette filiation est renforcée par l’utilisation du morceau d’ouverture, "Le Pacte", en introduction, et du titre "Yoroï" lors du générique de fin.

David Tomaszewski aborde le tournage de Yoroï sans pression, porté par l’enthousiasme et l’envie de repousser les limites dans l'image, la musique et la mise en scène). Inspiré par les making-of et un esprit artisanal, il privilégie des créations faites main et une approche visuelle mêlant influences de Hayao Miyazaki, du cinéma des années 70 et d’auteurs comme Spike Jonze ou Michel Gondry.

La mise en scène adopte un style immersif, souvent à l’épaule, avec une esthétique évoluant selon les émotions du personnage d’Orelsan : idéalisée au Japon, plus sombre à Paris. Le film privilégie aussi les effets pratiques combinés aux VFX pour un rendu organique.

Très impliqué, Orelsan s’investit autant physiquement qu’artistiquement, tandis que l'actrice Clara Choï, sa compagne à l'écran, suit une préparation similaire. Leur collaboration au scénario mêle dramaturgie et humour, avec une grande place à l’improvisation. Le récit propose une version fictionnalisée d’Orelsan, plus vulnérable et romantique, confrontée à ses démons, tandis que le personnage de Nanako incarne un lien entre cultures et une figure féminine forte.

Orelsan explique avoir été impliqué à tous les niveaux de Yoroï, écriture, jeu et production, décrivant le projet comme "une histoire que j'ai écrite de la même façon que j'aurais pu écrire un album", dans la continuité de "Comment c’est loin" et inspiré des Chevaliers du Zodiaque, avant d’évoluer vers un récit fantastique où "tu tombes sur une armure qui attire des Yokaïs". Pensé comme un mélange d’action, de fantastique et d’humour, Yoroï revendique l’esprit des années 90 et une approche semi-autobiographique. 

La Malédiction des Yokaï / La Guerre des Yokai / Jigoku (1979) / Tous droits réservés

Influences cinématographiques

 

Le scénario, longuement retravaillé (jusqu’à une version 17), s’appuie sur de nombreuses références issues du cinéma fantastique japonais et occidental comme : La Malédiction des Yokaï (1968) de Kimiyoshi Yasuda, La Guerre des Yokai (2005) de  Takashi Miike, le film d'hiorreur japonais Jigoku (1979), la saga des films de samouraï Baby CartHouse (1985) de Steve Minere, ou encore Jumanji et SOS Fantômes... L’influence de David Cronenberg et de Paul Verhoeven se retrouve dans la volonté de créer des créatures organiques, loin du tout numérique, avec des monstres qui attaquent le héros chaque nuit.

Ainsi confronté à des créatures issues du folklore japonais, la dimension fantastique sert de métaphore intime : le personnage affronte ses propres démons à travers des Yokaïs, dont le double maléfique Orelsama, décrit comme "le pire d’Aurélien" et une figure quasi démoniaque mêlant chaos et satire. L’ensemble s’inscrit dans une esthétique proche du manga, mêlant humour, action et enjeux personnels.

Le film mêle entraînement physique intense, chorégraphies inspirées de films comme John Wick, effets pratiques et décors réels. La musique originale, enregistrée notamment avec le London Symphony Orchestra (connu pour Harry Potter), renforce l’ampleur du projet. Pour Orelsan, ce film représente à la fois un rêve et une synthèse artistique, entre cinéma de genre et exploration personnelle.

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PHOTOS

© CinéFrance Studios / Attita / France 2 Cinéma - Tous droits réservés 

AFFICHES


GENERIQUE

Yoroï (id.), 2025, David Tomaszewski, France.

Son : NCFormat d'image : NC.

Réalisateur : David TomaszewskiDurée : 1h42.

Productions Cinéfrance Studios, Attita, en co-production avec France 2 Cinéma, La Compagnie Cinématographique, Panache Productions, Proximus, et le support de Tax Shelter du Gouvernement Fédéral Belge, Tax Shelter de Movie Tax Invest, en association avec Amazon Prime Video, et la participation de France Télévisions, Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC).

Distribution FranceSony Pictures Releasing International.

Producteurs : Ablaye, Renan Artukmaç, Clément Cotentin, Julien Deris, David Gauquié, Orelsan, Skread, Thibault Geig-Ameline (Cinéfrance Studios).

Producteur associé : Anne Cibron, 

Producteur exécutif : David Giordano, Georgina Pope (Japon), Toho Tombo (Japon).

Scénario : Orelsan et David Tomaszewski.

Directeur de la photographie : Antoine Sanier.

Direction artistique : Vlad Turco.

Chef décorateur : David Bersanetti, Shinsuke Kojima.

Décorateur plateau : Jacques Oursin.

Effets spéciaux (sociétés) :

Superviseur effets spéciaux :  Benoit Talenton. Superviseur effets visuels : Alain Boutillier.

Montage : Florent Vassault.

CastingMichael Laguens, Yôko Narahashi.

Musique originale : David Soltany.

Costumes : Emmanuelle Youchnovski.

Maquillage effets spéciaux : Olivier Afonso, Marine Despiegelaere.

Interprètes : Orelsan (Aurélien/OrelSama), Clara Choï (Nanako), Alice Yanagida (Akiko), Kazuya Tanabe (Nobi), Skread

(Matthieu Le Carpentier), Ablaye (Abdoulaye Doucouré), Yôko Narahashi (Kyoto Takeda), Hiromi Komorita (Dr. Fumiko Matsuda), Corinne Puget (La mère), Alain Cauchi (Le Père), Clément Cotentin (Clément), Jérémy Margallé (Kako-Oni), Patrice Tepasso Patrice (Un pote), Anthony Pho (Seiji-Oni), Fanny Sanchez (Model), Yugo Yamada (Steward), Thomas Defer (Mout).

Date de sortie française : 29 Octobre 2025.

Budget estimé : 15M$.

Recettes mondiales : 278 733 spectateurs en France / 2,5M$.



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TEST BLU-RAY/DVD

Extraits des menus du Blu-Ray et du film © ESCD / Sony Pictures© CinéFrance Studios / Attita / France 2 Cinéma.

Tous droits réservés

Sorti le 4 mars 2026, le film a été décliné par Sony Pictures en deux éditions simples, est-ce le fait que le film n'a pas connu le succès public attendu ? 

Les deux éditions simples dans un boîtier avec fourreau : 

📀 Blu-ray un disque (BD-50),

📀 DVD un disque (DVD-9 / Keep Case).

A partir du menu animé avec des scènes emblématiques du film, vous pouvez accéder au film (1h55'34"), à la partie audio (DTS-HD Français 2.0 et 5.1.). Le film est divisé en 16 chapitres non accessibles à partir du menu.

L'image est en 1080p, à dominante jaune sur les scènes nippones (!), codée MPEG-4 AVC, au ratio original 2.39 est sans moirage, sans défauts sur les scènes nocturnes comportant de nombreuses scènes d'action. Les splendides paysages nippons sont superbement restitués, un grand bravo au Diamond SP Studio d'Auvers-Saint-Georges.

😔 Dommage de ne pas avoir doté le film d'une édition supplémentaire 4K (pour plus tard?) et de bonus. D'autant qu'un making-of du film était sorti le 28 novembre 2025, réalisé par le producteur Clément Cotentin, ainsi qu'une série documentaire Orelsan : Yoroï, un an dans l'armure de 5 épisodes d'environ 20 minutes chacun disponible sur Amazon Prime Vidéo.

Extraits du film © ESCD / Sony Pictures© CinéFrance Studios / Attita / France 2 Cinéma. Tous droits réservés


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*Le hors-champ est la partie de la scène qui n'apparaît pas dans un plan d'un film parce qu'elle n'est pas interceptée par le champ de l'optique de la caméra que ce champ soit invariable (plan fixe), ou variable (plan où la caméra effectue un mouvement (panoramique et/ou travelling) et/ou un zoom).