NEW-YORK 1997 (1981)


L'histoire

En 1997, Manhattan a été transformée en une gigantesque prison de haute sécurité où survivent, livrés à eux-mêmes, près de trois millions de détenus organisés en une violente micro-société. Lorsque l’avion du président des États-Unis est détourné puis s’écrase au cœur de cette zone interdite avec à son bord des documents top secrets, les autorités n’ont d’autre choix que de faire appel à Snake Plissken, un criminel aussi dangereux que redouté. En échange de sa liberté, Snake accepte de pénétrer dans Manhattan afin de retrouver le président. Parachuté au milieu du chaos, il ne dispose que de vingt-quatre heures pour accomplir sa mission.


L'AVIS DE SF-STORY****

POINTS POSITIFS ET NEGATIFS

+ Un univers visuel marquant, transformant Manhattan en prison post-apocalyptique crédible malgré un budget limité, une ambiance oppressante renforcée par la musique synthétique de John Carpenter.

 

HORS-CHAMP*

La meilleure série B du cinéma de science-fiction

 

La meilleure série B du cinéma de science-fiction, le cultissime New York 1997 de John Carpenter, ressort sur les écrans le 24 Juin 2026 ! Une belle occasion de revoir (ou de découvrir) ce film mythique qui naît dans l’esprit du réalisateur au milieu des années 1970. Il écrit le scénario entre 1974 et 1976, dans le climat de méfiance politique qui suit le scandale du Watergate aux Etats-Unis. Carpenter imagine alors un futur dystopique où Manhattan est devenue une immense prison à ciel ouvert. À l’époque, le projet est jugé "trop violent, trop effrayant, trop bizarre" par les studios, qui refusent de le financer. La situation change après le succès en 1978 du film d'horreur Halloween : La Nuit des masques, réalisé par John Carpenter : 70M$ de recettes mondiales pour un maigre budget de 6M$ !

Le réalisateur explique également avoir été influencé par Un justicier dans la ville (1974) de Michael Winner, avec Charles Bronson, une histoire de vengeance après un crime particulièrement odieux devenu un film extrêmement populaire à l’époque. Carpenter n’était pas d’accord avec la philosophie du long-métrage, prônant la justice personnelle face à l'inefficacité policière, mais admirait sa manière de montrer New York comme une véritable jungle urbaine et souhaitait reprendre cette sensation dans un récit de science-fiction. 

Manhattan, l'île prison

 

La transformation de Manhattan en gigantesque prison évoque également, de façon troublante, l’évacuation de Phnom Penh par les Khmers rouges en 1975. Après la prise de pouvoir du régime, la capitale cambodgienne est vidée de sa population et transformée en prison d’État. Le centre de détention S-21 devient l’un des symboles de cette terreur : plus de 20 000 prisonniers y passent entre 1975 et 1979, avec seulement sept survivants connus.

Le contexte politique de l’époque nourrit fortement l’écriture : guerre froide, peur du terrorisme, montée de la criminalité et crise des otages américains en Iran. Le réalisateur dira plus tard que le scénario avait acquis une résonance particulière lorsque Ronald Reagan arriva au pouvoir. À sa sortie, le film fait d’ailleurs écho aux tensions internationales et au climat anxiogène du début des années 1980. Plusieurs personnages constituent également des hommages directs à des réalisateurs du cinéma fantastique et d’horreur : le personnage de Cronenberg fait référence à David Cronenberg, tandis que Romero rend hommage à George A. Romero.

Snake Plissken

 

Le rôle de Snake Plissken provoque de nombreux débats. Les studios veulent une star d’action déjà établie : Charles Bronson, Tommy Lee Jones, Chuck Norris ou encore Nick Nolte sont envisagés mais Carpenter refuse pourtant ces propositions, les jugeant trop âgées ou trop stéréotypées.

Le réalisateur insiste pour engager Kurt Russell, avec qui il vient de travailler sur Le Roman d'Elvis (1979). À cette époque, l'acteur reste surtout associé aux productions Disney comme L'ordinateur en folie (1969) de Robert Butler ou Pas vu, pas pris (1972) signé du même réalisateur. Russel cherche désespérément à casser cette image familiale : il se jette donc dans le rôle avec enthousiasme.

Snake Plissken devient rapidement un personnage culte. Russell déclare plus tard qu’il s’agit du film préféré de toute sa carrière, et Snake de son personnage favori : "On était comme des pirates, en pleine mer, à s'amuser. Les personnages qu'Isaac Hayes (Le Duc) et moi interprétons font preuve de l'irrévérence disciplinée de sauvages, mêlée à une attitude punk contemporaine. Snake est un mercenaire, et son style de combat est un mélange de Bruce Lee, de l'Exterminateur (Note : un film des années 80) et de Dark Vador, avec la voix puissante d'Eastwood... mais il y a aussi beaucoup de new wave en lui.» Plissken est un braqueur condamné, expliquait Kurt, "son individualité le rend attachant aux yeux du public, presque héroïque.

Serpent tatoué

 

Le fameux cache œil est une idée de Russell lui-même. Il décide même de l’ajouter au tout dernier moment sans prévenir Carpenter, qui adore immédiatement le résultat. Cependant, le porter constamment perturbe fortement la perception de profondeur de l’acteur, qui doit l’enlever entre les prises.

Le costume du personnage a été créé par Steve Loomis, qui avait déjà travaillé sur Fog (1980) de Carpenter, inspirant le look de cape et d'épée pour Snake et le duc, un ancien costumier d'Elton John et de Stevie Wonder. 

Le costume du personnage fait d’ailleurs son effet dès les premiers jours de tournage. Une nuit, alors que l’équipe tourne dans les rues désertes de Saint-Louis, Russell se retrouve face à plusieurs individus peu rassurants. Habillé en Snake Plissken, cache-œil compris, il constate avec amusement que son apparence suffit à décourager toute confrontation.

Le nom "Snake Plissken" vient d’une véritable personne connue par un ami de Carpenter : un dur à cuire portant un tatouage de serpent sur le ventre. Carpenter plaisantait d’ailleurs en disant que "quiconque porte un serpent tatoué est son genre de héros".

John Carpenter, qui signe ici l’une de ses bandes originales les plus emblématiques.

Associée au film et à son héros, la musique composée par John Carpenter repose sur une esthétique minimaliste et électronique, construite avec très peu de moyens techniques (des synthétiseurs analogiques, des motifs répétitifs). Carpenter et le concepteur sonore Alan Howarth cherchent à créer une ambiance urbaine, oppressante et mécanique, en cohérence avec le New York dystopique du film. Le thème principal, simple mais entêtant, fonctionne presque comme une marche sombre associée à Snake Plissken.

Durant le tournage avec John Carpenter

La scène supprimée

 

Kurt Russell a raconté dans un interview qu’une longue scène d’ouverture avait été tournée avant d’être supprimée au montage. On y voyait Snake et un complice braquer un magasin de cartes de crédit. Blessé durant leur fuite, le partenaire de Snake le forçait à choisir entre sa propre liberté et le sauvetage de son ami. Snake décidait finalement de revenir le chercher, ce qui entraînait son arrestation puis son envoi dans la prison de Manhattan. Selon Russell, le film est finalement devenu bien plus fort sans cette introduction explicative : "John a coupé cette scène du film. Et pour la toute première fois — et je trouvais ça fascinant, le type apparaît à l'écran, descend d'un bus et il dit juste : Allez vous faire foutre !  Il se fiche de tout et de tout le monde. C'est un mauvais garçon. On n'explique jamais d'où ça vient." Carpenter déclarera : "Après avoir visionné le montage provisoire, nous avons réalisé que le film ne commençait vraiment qu'à l'arrivée de Snake à New York. Il n'était pas nécessaire de montrer ce qui l'y avait amené."

Note : La scène de 10 minutes est visible sur une édition Laserdisc collector durant les commentaires du réalisateur.

La maquette de New-York durant le tournage

Un New-York en ruines

 

Le film est tourné entre août et novembre 1980 avec un budget d’environ 6 millions de dollars, le plus important dont Carpenter ait disposé jusque-là. Le tournage est physiquement éprouvant : les prises se déroulent principalement la nuit, au point que le réalisateur raconte n’avoir presque pas vu la lumière du jour pendant deux mois et demi. 

Bien que l’histoire se déroule à Manhattan, la majeure partie du film est tournée à Saint-Louis, une ville marquée par plusieurs incendies et une forte dégradation urbaine, offrant le décor parfait pour représenter un New York en ruines. Les rues sont remplies de déchets récupérés dans des décharges : carcasses de voitures, réfrigérateurs cassés et débris divers. La gare Union Station de Saint-Louis sert de décor au combat dans l’arène. Le pont Chain of Rocks est utilisé comme substitut du pont de Queensboro.

Carpenter parvient même à faire couper l'électricité par tranches de dix pâtés de maisons pour le tournage. Le tournage à Saint-Louis reste difficile : chaleur écrasante, moustiques omniprésents et longues nuits de travail. Carpenter réussit même à convaincre les autorités locales de couper l’électricité sur plusieurs pâtés de maisons pour renforcer l’atmosphère post-apocalyptique.

Certaines scènes sont réellement filmées à New York, notamment sur Liberty Island : le film devient la première production autorisée à tourner de nuit autour de la Statue de la Liberté, quelques mois seulement après un attentat ayant visé le site. 

James Cameron réalise les matte paintings du films

James Cameron, peintre sur le film

 

Les effets visuels du film sont particulièrement inventifs compte tenu du faible budget. James Cameron, encore au début de sa carrière, artiste d'effets spéciaux chez New World Pictures, participe aux matte paintings du film. C’est lui qui peint notamment les arrière-plans de Central Park. Carpenter rencontrera Cameron sur le plateau alors qu’il travaille discrètement sur ces effets visuels.

Le directeur de la photographie Dean Cundey utilise également des objectifs expérimentaux et un système Panaglide, un stabilisateur de caméra pour caméras cinématographiques fabriqués par Panavision, pour filmer les nombreuses scènes nocturnes avec un minimum de lumière. La maquette urbaine créée pour le film sera ensuite repeinte et réutilisée pour Blade Runner (1982).

Les images filaires de Manhattan visibles sur les écrans du planeur ne sont pas générées par ordinateur, les machines capables de produire ce type d’images coûtent alors beaucoup trop cher. L’équipe des effets spéciaux réutilise donc une maquette de New York déjà employée pour d’autres séquences, filmée sous lumière noire après avoir recouvert les contours des immeubles de bandes adhésives réfléchissantes. À l’écran, seul ce marquage lumineux apparaît (photo ci-dessous du rendu final), créant ainsi l’illusion d’une animation filaire en trois dimensions.

Des influences majeures

 

À sa sortie le 10 juillet 1981, le film rencontre un succès important. Son week-end d’ouverture rapporte neuf millions de dollars aux Etats-Unis, pour des recettes mondiales de plus de 25M$. En France, le film déplacera presque 1,3 million de spectateurs dans les salles... Avec le temps, New York 1997 devient un classique du cinéma de science-fiction et un immense film culte. Son influence dépasse largement le cinéma. 

Plusieurs BD seront produites : "Les Aventures de Snake Plissken" chez Marvel en 1997, "John Carpenter's Snake Plissken Chronicles" chez CrossGen and Hurricane Entertainment en 2003. ^Côté jeux vidéo, l'artiste japonais Hideo Kojima cite régulièrement le film comme une inspiration majeure de sa série Metal Gear Solid. Le personnage de Solid Snake reprend directement plusieurs éléments de Snake Plissken, jusqu’au pseudonyme "Pliskin" utilisé dans Metal Gear Solid 2: Sons of Liberty

L'auteur William Gibson expliquera également que le film a influencé l’écriture du Neuromancien (1984), notamment par sa manière de suggérer un vaste univers dystopique à travers quelques détails de dialogue. Le réalisateur J.J. Abrams, le producteur du film Cloverfield (2008) , a mentionné qu'une scène de son film, montrant la tête de la Statue de la Liberté s'écrasant dans une rue de New York, était inspirée de l'affiche d'Escape From New-York, un titre US mieux choisi que son titre français, qui limitait la pérennité de l'œuvre. Aujourd’hui encore, le film reste considéré comme l’une des œuvres fondatrices de la science-fiction urbaine moderne, ayant ouvert la voie à de nombreux films dérivés...

Des séries B dérivées

 

Films d’action post-apocalyptiques séries B italiennes ou américaines reprennent l'esthétique urbaine décadente du film, ses antihéros solitaires et ses villes transformées en zones de non-droit. Les affiches du films ont aussi des similitudes flagrantes. Parmi les héritiers les plus évidents figure Les Guerriers du Bronx/I guerrieri del Bronx (1982) d'Enzo G. Castellari, produit en Italie. Le film imagine un Bronx livré aux gangs dans un futur proche et mélange l’influence du film avec celle de Mad Max (1979) de George Miller. Castellari poursuivra dans cette veine avec Les Nouveaux Barbares/I nuovi barbari (1983), où un guerrier solitaire affronte une société totalitaire dans un univers postnucléaire très inspiré du cinéma de Carpenter.

L’Italie produira également 2019, après la chute de New York / 2019: After the Fall of New York (1983) de Sergio Martino, considéré comme l’un des clones les plus assumés de New York 1997. Le film reprend presque directement l’idée d’un héros envoyé dans une métropole détruite pour accomplir une mission impossible. Son esthétique de ruines urbaines, ses gangs costumés et son mélange de science-fiction et de western urbain rappellent fortement le film de Carpenter. Pour finir, on peut aussi citer Le Gladiateur du futur/Endgame - Bronx lotta finale (1983) de Joe D'Amato.

L’influence du film est également visible dans le cinéma américain des années 1980 et 1990 notamment avec . Cyborg (1989) d'Albert Pyun, avec Jean-Claude Van Damme reprend l’idée d’un antihéros taciturne traversant un monde en ruines dominé par des bandes violentes.

Le cinéma de Luc Besson montre également cette filiation : il produira Lock Out (2012) reprenant clairement le concept d’un criminel chargé de sauver une personnalité politique dans une prison futuriste. Lock Out a d’ailleurs été attaqué en justice par John Carpenter, et obtenu gain de cause, pour ressemblance trop flagrante avec son film original.

 

La suite officielle du film, Los Angeles 2013 / Escape from L.A. (1996) signée de Carpenter lui-même, amplifie l’aspect satirique et post-apocalyptique, mais ceci sera une autre histoire...

BANDE-ANNONCES

PHOTOS

 © Rialto Pictures / Studiocanal Everett Collection / Getty Images

Tous droits réservés.

AFFICHES


GENERIQUE

New-York 1997 (id.), 1998, John Carpenter, Royaume-Uni /Etats-Unis.

Son : Dolby Stereo, Dolby DigitalFormat d'image : 2.39 / 35mm.

Réalisateur : John CarpenterDurée : 1h39, 1h46 (version longue).

Productions AVCO Embassy Pictures, International Film Investors, Goldcrest Films International, City Films.

Distribution France : Parafrance Films (Cinéma), Splendor Films (version restaurée Cinéma Juin 2026).

ProducteursLarry Franco, Debra Hill.

Producteur associé : Barry Bernardi.

Producteur exécutif : Jake Eberts.

Scénario : John Carpenter, Nick Castle.

Directeur de la photographie : Dean Cundey.

Direction artistique

Chef décorateur : Joe Alves.

Décorateur plateau : Cloudia Rebar.

Effets spéciaux (sociétés)New World Effects, Motion Graphics, Dream Quest Images.

Montage : Todd C. Ramsay.

Casting : Pegi Brotman.

Musique : John Carpenter.

Costumes : Stephen Loomis.

Interprètes : Kurt Russell (Snake Plissken), Lee Van Cleef (Hauk), 

Ernest Borgnine (Cabbie), Donald Pleasence (Le Président), Isaac Hayes (Le Duc), Season Hubley (La fille du café), Harry Dean Stanton (Harold "Cerveau" Hellman), Adrienne Barbeau (Maggie), Tom Atkins (Rehme), Charles Cyphers (le secrétaire d'Etat), Frank Doubleday (Romero), John Strobel (Cronenberg), John Cothran (Gitan 1), Garrett Bergfeld (Gitan 2), 

Richard Cosentino (le garde gitan), Robert John Metcalf (Gitan 3), 

Joel Bennett (Gitan 4), Vicangelo Bulluck (Le premier indien), John Carpenter (pilote d'hélicoptère), Jamie Lee Curtis (Narratrice)...

Date de sortie française : 24 Juin 1981. Ressortie : 24 juin 2026 (nouvelle version, restaurée 4K).

Date de sortie Etats-Unis : 10 Juillet 1981.

Budget estimé : 6M$.



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