Il y a plusieurs dizaines d'années, un micro-organisme hautement infectieux et en constante mutation - capable d'une destruction de niveau extinction - a été contenu dans une installation militaire. Aujourd'hui, l'armée a scellé le sous-sol le plus bas de l'installation et a vendu l'espace restant à une société de self-stockage. Alors que la température augmente sous terre, le micro-organisme trouve un moyen de s'échapper. Si on le laisse se propager, il va bientôt se multiplier de manière incontrôlée dans le monde entier. Le sort de l'humanité repose maintenant sur un agent de bioterrorisme à la retraite et deux héros improbables employés dans l'installation - qui sont pris dans une course contre la montre pour détruire l'organisme et sauver l'humanité.
POINTS POSITIFS ET NEGATIFS
+ Une série B bancale entre humour mal assumé et SFX gore plutôt réussis.
- Dommage que l'affiche soit très moche !
Cold Storage : une série B de SF coincée entre gore et humour
Cold Storage s’ouvre sur un prologue plutôt efficace : des débris de Skylab s’écrasent dans un hameau isolé de l’ouest de l’Australie. À l’intérieur d’un réservoir se cache un champignon microbien particulièrement dangereux. Trois scientifiques débarquent dans le désert pour analyser la situation et les conséquences se révèlent rapidement mortelles. Les séquences intracorporelles, qui montrent la propagation de l’organisme, sont assez réussies et installent une tension organique convaincante. Après une séquence pré-générique énergique, accompagnée par les The Beach Boys, l’échantillon est finalement scellé dans un bunker… jusqu’à aujourd’hui.
Des décennies plus tard, ce bunker est devenu étonnement un banal entrepôt de garde-meubles dans le Kansas ! Deux veilleurs de nuit, incarnés par Joe Keery et Georgina Campbell, y travaillent tandis qu’une vieille femme utilisatrice un peu mystérieuse, interprétée par Vanessa Redgrave, se retrouve enfermée dans l’un des box. Lorsque la température du conteneur augmente dangereusement, le vétéran chargé de surveiller la menace, incarné par Liam Neeson, est rappelé en urgence. Sur le papier, la promesse d’un huis clos mêlant science-fiction et horreur est séduisante.
Mais rapidement, le film révèle ses limites. Le duo de veilleurs cabotine un peu trop et multiplie les dialogues bavards, rendant leur curiosité et leur héroïsme peu crédible. Même l’attaque du chat déjà contaminé par le champignon, pourtant assez gore, peine à relancer un rythme qui s’enlise. L’arrivée du personnage de Liam Neeson, censé incarner le sauveur expérimenté, paraît elle aussi laborieuse et peu convaincante, notamment face à l’amateurisme avec lequel les protagonistes tentent d’éradiquer la menace.
Le film semble hésiter en permanence entre plusieurs tons. Il ne se prend pas totalement au sérieux, mais ne pousse jamais assez loin l’humour pour assumer pleinement son statut de série B. Les péripéties, qu’il s’agisse de l’intrusion d’un gang ou de l’apparition du petit ami de l’héroïne, sont expédiées trop rapidement pour créer de véritables enjeux dramatiques. Faute d’un vrai attachement aux personnages, ce qui devrait être une chronique apocalyptique pleine de tension reste étonnamment froide.
Finalement, Cold Storage ressemble à une série B décomplexée qui ne cherche qu’à divertir, mais qui peine à trouver son équilibre. Oscillant maladroitement entre science-fiction gore et comédie, le film reste coincé entre deux tonalités sans jamais réussir à les faire fonctionner ensemble. Une curiosité sympathique sur le papier, mais un ensemble un peu bancal à l’écran.
Lorsque Jonny Campbell, réalisateur britannique habitué des séries (il a réalisé deux épisodes de Doctor Who, et un de Westworld) a été choisi pour diriger Cold Storage, il savait qu’il s’attaquait à un projet hybride : un cocktail qui mêlait science-fiction, horreur, comédie noire et thriller. L’œuvre, adaptée du roman écrit par David Koepp, scénariste de Jurassic Park, Spider-Man et Mission : Impossible n’est pas seulement un divertissement, mais aussi une relecture moderne des histoires de contamination incontrôlée, revisitant le mythe du parasite ravageur avec une ironie désarmante teintée d'une bonne dose d'humour noir. L’écriture et la mise en scène ont cherché un équilibre délicat entre chaos organique et narration serrée, faisant de l’invasion du champignon mutagène un personnage presque vivant dans son propre droit.
Tournage marocain
Le tournage principal s’est déroulé du 24 mars au 1er juin 2023, une durée relativement courte pour un long métrage à effets spéciaux ambitieux. Les prises de vues ont eu lieu dans plusieurs paysages bien connus des cinéphiles : les vastes étendues arides autour d’Ouarzazate, au Maroc, faisant office d'outback australien et les tunnels labyrinthiques d'un bunker nucléaire abandonné de la Seconde Guerre mondiale près de Rome ont servi de toiles de fond à l’installation militaire désaffectée devenue centre de self-stockage, où l’intrigue du film se déploie dans les couloirs froids et les entrepôts labyrinthiques : un décor idéal pour cultiver une atmosphère claustrophobique, presque palpable.
VFX Made In Paris
Du côté purement numérique, les effets visuels supervisés par MPC Paris (Troll 2, La Venue de l'Avenir...) jouent un rôle central. Les superviseurs VFX Nikolas D’Andrade et Bastien Chauvet, avec leurs équipes (notamment Cyprien Andronikof, Fanny Bilani et Alice Neichols), ont assuré une intégration subtile entre les prises de vue réelles et les environnements numériques : le champignon extraterrestre, ses spores en suspension, les infections internes et même certaines séquences "macro-vision" qui plongent littéralement le public à l’intérieur des corps contaminés sont autant de prouesses visuelles qui repoussent les limites du réalisme sans renier l’esthétique voulue grotesque et décalée du film.
Le directeur de la photographie Tony Slater Ling, connu pour son sens visuel percutant, a quant à lui travaillé à structurer l’image autour d’un contraste fort entre les zones glaciales des sous-sols et les lumières chaudes du désert en surface, créant ainsi une ambiance oppressante qui accentue le sentiment de menace constante.
En parallèle, le montage nerveux de Billy Sneddon ajoute au dynamisme des scènes d’action et à la tension dramatique, tandis que la bande-son de Mathieu Lamboley enveloppe le spectateur d’une atmosphère sonore presque organique quand l’épidémie monte en puissance.
Cette orientation est cohérente avec la vision de Jonny Campbell, qui conçoit Cold Storage moins comme un film d’horreur "tactile" à l’ancienne que comme un thriller SF contemporain, où la menace est souvent suggérée, envahissante, parfois absurde, plutôt que constamment montrée de façon frontale. Il résume ainsi son intention sur Cold Storage : "c'est Les Goonies pour adultes : comme si Les Goonies mettaient en scène un contrôle cérébral par des champignons, des cages thoraciques qui explosent et une romance née dans des conditions de risque biologique".
Le travail des effets visuels s’inscrit donc dans une logique de narration : soutenir la tension, amplifier la paranoïa et accentuer le contraste entre la banalité du décor (un centre de stockage comme un autre) et l’ampleur de la catastrophe.
Vanessa Redgrave et la substance verte
A 88 ans, l'actrice Vanessa Redgrave (Blow-Up, Julia, Les Diables) ne ralentit pas le rythme. Elle a participé au tournage de Cold Storage, près de Rome, aux côtés de Liam Neeson, un projet qu’elle décrit avec humour dans une interview comme "un film sur de la substance verte". L’actrice évoque une expérience particulièrement positive : "J’ai passé un moment merveilleux. J’y interprète le personnage de Ma Rooney." Sa voix continue par ailleurs d’accompagner le public britannique à travers Call the Midwife (disponible sur M6), une série dramatique à succès de la BBC qui suit le quotidien de sages-femmes dans les années 50 à Londres, et dont elle est la narratrice depuis 2012.
Elle prêtera sa voix dans le film d'animation The Crystal Planet de Arsen Anton Ostojic prévu pour 2026, où elle sera La Matriarche dans une aventure SF située sur une planète lointaine, mêlant exploration et rencontres avec des formes de vie mystérieuses...
Un casting calibré pour la SF
Le casting réunit d'autres visages connus du cinéma et des séries contemporaines de fantatsique ou de science-fiction, jouant intelligemment sur ce capital symbolique, en convoquant des acteurs associés à des univers où le surnaturel, l’anticipation ne sont jamais éloignés.
Joe Keery occupe le premier plan. Révélé mondialement par la série Stranger Things des frères Duffer, il a évolué au cœur d’un récit mêlant horreur cosmique, mondes parallèles et nostalgie eighties, confronté à des entités venues d’une autre dimension. Cette expérience nourrit clairement son rôle dans Cold Storage, où il campe un homme ordinaire pris au piège d’un scénario d’apocalypse biologique. Keery s’est imposé comme l’archétype du protagoniste SF contemporain : sarcastique, vulnérable, mais capable d’un héroïsme improvisé face aux dangers.
À ses côtés, Georgina Campbell s’est fait un nom dans des œuvres comme Barbarian, thriller horrifique moderne aux accents quasi SF dans sa manière de traiter l’espace et la mutation du corps. Elle est également apparue dans Black Mirror, série emblématique de l’anticipation dystopique, où elle explorait déjà les dérives technologiques et sociales dans la saison 4 épisode 4 : "Pendez le DJ". On a pu la voir ensuite dans deux films SF : Bird Box: Barcelona (2023) d'Álex et David Pastor, puis dans Les Guetteurs d'Ishana Night Shyamalan. Dans Cold Storage, elle prolonge cette trajectoire en incarnant une figure rationnelle et déterminée, confrontée à une menace biologique.
Figure paternelle, Liam Neeson est surtout connu pour ses rôles d’action et de thrillers, sa carrière croise régulièrement la science-fiction et l’anticipation : Krull (1983) de Peter Yates ,Darkman (1990) de Sam Raimi, Star Wars, épisode I : La Menace fantôme (1999) de George Lucas... Dans Cold Storage, il incarne un expert vieillissant confronté aux conséquences d’erreurs passées, une figure classique de la SF paranoïaque, héritière des savants hantés par leurs propres créations.
© 2025 Samuel Goldwyn Films © STUDIOCANAL SAS © Reiner Bajo. Tous droits réservés.
Cold Storage (id.), 2026, Jonny Campbell, France/Etats-Unis.
Son : NC. Format d'image : NC. Couleurs.
Réalisateur : Jonny Campbell. Durée : 1h39.
Productions : StudioCanal (présente), Pariah, avec la participation de Ciné+OCS, HunkyDory Films.
Distribution France : StudioCanal.
Producteurs : David Koepp, Gavin Polone.
Co-producteur : Michael Schwarz.
Producteurs exécutifs : Aaron Ensweiler, Frantz Richard (Maroc).
Producteurs délégués : Hicham El Ghorfi (Maroc).
Scénario : David Koepp d'après son roman.
Directeur de la photographie : Tony Slater Ling.
Direction artistique : Gianpaolo Rifino (superviseur).
Cheffe décoratrice : Elena Albanese
Décorateur plateau : Sandro Piccarozzi.
Effets spéciaux (sociétés) : Ghost SFX, MPC (effets visuels).
Effets spéciaux (techniciens) : Pasquale Catalano (superviseur).
Effets visuels (superviseurs) : Bastien Chauvet, Nikolas d'Andrade,
Montage : Billy Sneddon.
Musique originale : Mathieu Lamboley.
Casting : Julie Harkin, Nathan Toth.
Costumes : Nicoletta Ercole.
Interprètes : Joe Keery (Travis -Teacake- Meacham), Georgina Campbell (Naomi Williams), Liam Neeson (Robert Quinn), Lesley Manville (Trini Romano), Sosie B.acon (Dr. Hero Martins), Aaron Heffernan (Mike), Andrew Brooke (Greg), Rob Collins (Enos Minjarra), Darrell D'Silva (The Rev), Clare Holman (Annie), Nahna James, Valentina Popkova, Vanessa Redgrave (Ma Rooney), Lujza Richter (Garbage), Daniel Rigby (Anthony), Justin Salinger (Dr. Friedman), Gavin Spokes (Griffin), Ellora Torchia (Abigail), Nahel Tzegai (Cuba)...
Date de sortie française : 18 Février 2026.
Date de sortie USA : 13 Février 2026.
Budget estimé : NC.
*Le hors-champ est la partie de la scène qui n'apparaît pas dans un plan d'un film parce qu'elle n'est pas interceptée par le champ de l'optique de la caméra que ce champ soit invariable (plan fixe), ou variable (plan où la caméra effectue un mouvement (panoramique et/ou travelling) et/ou un zoom).
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