LE CRI DES TENEBRES (1980)


L'histoire

Heather Chalmers vient passer l’été chez sa grand-mère Maude dans une petite ville rurale de l’Ontario. Celle-ci vit seule dans une grande maison ancienne, autrefois utilisée comme salon funéraire, qu’elle souhaite transformer en maison d’hôtes. Dès le début de son séjour Heather trouve que l’atmosphère du lieu est marquée par le calme pesant, l’isolement de la demeure et le comportement étrange, parfois autoritaire, de sa grand-mère.

Peu à peu, Heather remarque des éléments troublants : des pensionnaires quittent précipitamment la maison ou disparaissent sans explication, sa grand-mère semble parler à quelqu’un d’invisible et lui interdit l’accès au sous-sol. Ces détails installent un climat d’inquiétude progressive, laissant entendre que la maison dissimule un passé trouble et que Maude cache des secrets bien plus sinistres qu’il n’y paraît.


L'AVIS DE SF-STORY***

POINTS POSITIFS ET NEGATIFS

+ Un film d'horreur plus psychologique que gore, la morale puritaine et sa folie meurtrière pour contrer le désir...

- Un suspense qui s'étire trop longtemps et ne parvient que par moments à surprendre.

 

 

HORS-CHAMP*

Le chat noir emblématique du film

Le Bed and Breakfast de la mort

 

La jeune Heather arrive dans la petite ville rurale de Northampton pour passer l’été chez sa grand-mère Maude Chalmers, dans le but de l’aider à transformer l’ancienne maison familiale, qui servait autrefois de salon funéraire, en une joyeuse pension de famille  !

Dès l’ouverture, plusieurs clients disparaissent ou sont retrouvés morts dans des circonstances mystérieuses. Heather commence à entendre sa grand-mère parler à quelqu’un dans le sous-sol et découvre que des secrets troublants entourent l’histoire de sa famille et de l’ancienne maison...

Le Cri des ténèbres, Cries in the night ou the Funeral Home, selon les pays et les supports sur lequel le film est sorti, s’inscrit ouvertement dans la filiation de Psychose (1960), une référence que le réalisateur William Fruet exploite de manière parfois appuyée. La maison isolée, ancienne et chargée de secrets, fonctionne comme un écho direct à l’univers hitchcockien, tout comme la dynamique familiale dominée par une figure maternelle (ou grand maternelle) à la fois protectrice et menaçante. Toutefois, là où Psychose utilisait ces éléments pour construire une mécanique narrative implacable, Le cri des Ténèbres peine par moments à dépasser le simple hommage et à affirmer une identité pleinement originale.

Un sourire sincère, combiné à un contact visuel direct, crée une connexion immédiate avec les clients !

De l'horreur intimiste

 

La mise en scène de Fruet repose sur un rythme volontairement lent, misant sur l’atmosphère et la suggestion plutôt que sur la violence graphique. Si ce choix confère au film une ambiance sourde et parfois oppressante, il engendre également une certaine inertie dramatique, la tension mettant du temps à se renouveler. L’absence quasi totale de gore, loin d’être un défaut en soi, accentue toutefois la dépendance du film à ses silences et à ses répétitions, qui peuvent finir par émousser l’efficacité du suspense.

Le récit articule mystère et révélations macabres autour des secrets d’une famille dysfonctionnelle, mais son approche psychologique demeure relativement convenue. La folie, la culpabilité et la violence domestique sont abordées de manière plus illustrative que véritablement exploratoire, donnant parfois l’impression que les révélations finales servent davantage à justifier rétroactivement l’intrigue qu’à approfondir ses enjeux thématiques (on a même droit à une explication finale durant le générique de fin !). Intéressant dans ses intentions mais bien trop inégal, Le Cri des Ténèbres apparaît ainsi comme un thriller horrifique intimiste, intéressant par ses intentions et son climat, davantage que par la complexité de son propos.

Quand la morale tue : sexualité réprimée et horreur domestique

 

Dans Le Cri des Ténèbres, l’adultère constitue un pivot narratif et symbolique central, révélant la fracture morale qui structure le personnage de Maude Chalmers. La découverte de l’infidélité de son mari agit comme un traumatisme irréversible : pour cette femme profondément attachée à une vision rigide de la respectabilité et de l’ordre familial, l’adultère ne relève pas de la faute humaine mais d’une souillure morale absolue. Le film inscrit ainsi cette transgression sexuelle dans une logique punitive, où le désir devient synonyme de corruption, justifiant aux yeux de Maude, par l'intermédiaire de son bras armé,une violence extrême exercée au nom d’une morale qu’elle estime menacée.

Ce positionnement idéologique s’inscrit dans un puritanisme exacerbé, visible tant dans le comportement quotidien de la grand-mère que dans sa gestion de la maison funéraire. Maude rejette toute intimité hors mariage et impose un contrôle moral strict sur les pensionnaires (le couple adultère, la jeune Heather et son flirt naissant), transformant l’espace domestique en lieu de surveillance et de jugement. Ce schéma renvoie directement à l’héritage hitchcockien de Psychose (1960), auquel le film est souvent comparé : comme Norman Bates, Maude est façonnée par une morale répressive qui ne tolère ni ambivalence ni désir. La maison, autrefois dédiée à la conservation des morts, devient alors une métaphore évidente de la répression des pulsions et de la mise sous silence de toute vitalité charnelle.

Barry Morse était le Professeur Victor Bergman dans Cosmos 1999 (1975)

Un psychose mineur des années 80

 

En articulant adultère, puritanisme et violence, le film propose une critique implicite, mais succincte, des morales rigides qui refusent la complexité des relations humaines. La folie meurtrière de Maude apparaît moins comme une anomalie que comme l’aboutissement logique d’un système de valeurs fondé sur la négation du corps, du désir et du pardon. Si cette dimension psychologique reste en partie illustrative et n’atteint pas la profondeur analytique de Psychose, elle confère néanmoins au film une portée thématique claire : l’horreur naît ici moins de la transgression que de la peur obsessionnelle de celle-ci, et de la violence qu’engendre toute tentative de figer le monde dans une pureté illusoire.

Des décors réutilisés

 

Le bâtiment de la charmante pension de famille Chalmers, composé d'une longue maison à pignons, située à Markam dans l'Ontario au Canada, a ensuite été réutilisé par William Fruet dans un épisode en deux parties de Chair de poule qu'il a aidé à réaliser, intitulé "La nuit du pantin vivant III". 

William Fruet et ses incursions dans la SF

 

S'il est avant tout un cinéaste de l'horreur, William Fruet a abordé la science-fiction et le fantastique de manière ponctuelle mais significative au cours de sa carrière, aussi bien au cinéma qu’à la télévision : en 1987, il réalise Insect! / Blue Monkey (1987), un film mêlant horreur et science-fiction autour d’un insecte mutant issu d’expériences scientifiques ; à la télévision, il est le co-créateur de la série de science-fiction Code Name: Eternity (1999–2000), centrée sur un extraterrestre infiltré sur Terre, et met également en scène des épisodes de plusieurs séries, dont Ray Bradbury présente (1985), La nouvelle Guerre des mondes / War of the Worlds (1988–1990), Chair de Poule (1995–1998), Au delà du réel : l'aventure continue (1995–2002) et Poltergeist: The Legacy (1996–1999), confirmant son intérêt durable pour les récits fantastiques principalement dans le cadre de la production télévisuelle nord-américaine.

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PHOTOS

© Tous droits réservés. 

AFFICHES


GENERIQUE

Le Cri des Ténèbres (Cries in the Night)William Fruet, 1980, Canada.

Autres titres : Funeral Home, Cris dans la nuit (titre alternatif français).

Son : Mono. Format d'image : 1.33, 1.85 (Blu-Ray). Couleurs.

Réalisateur : William Fruet. Durée : 1h33.

Productions  Canadian Film Development Corporation (CFDC)

The Incident at North Hampton Productions.

Distribution France : Rimini Editions (Blu-Ray).

Producteur : William Fruet.

Producteur exécutif : Barry Allen.

Producteurs associés : Patrick Doyle, 

Scénario : Ida Nelson.

Effets spéciaux/visuels : Dennis Pike.

Directeur de la photographie : Mark Irwin.

Montage : Ralph Brunjes.

Chef décorateur : Roy Forge Smith.

Décorateur : Roy Forge Smith.

Direction artistique : Susan Longmire.

Musique : Jerry Fielding.

Casting : Janis Allen, Shelley Allen.

Costumes : Gina Kiellerman, Mary Jane McCarty.

Maquillage : Shonagh Jabour.

Interprètes : Kay Hawtrey (Maude Chalmers), Lesleh Donaldson (Heather), Barry Morse (Mr. Davis), Dean Garbett (Rick Yates), Stephen E. Miller (Billy Hibbs), Alf Humphreys (Joe Yates), 

Peggy Mahon (Florie), Harvey Atkin (Harry Browning), Robert Warner (Sheriff), Jack Van Evera (James Chalmers), Les Rubie

(Sam), Doris Petrie (Ruby), Bill Lake (Frank), Brett Matthew Davidson (Rick jeune), Christopher Crabb (Teddy), Robert Craig (Barry Oaks), Linda Dalby (Linda), Gerard Jordan (Pete), Eleanor Beecroft (Shirley)...

Date de sortie française : NC.

Date de sortie canadienne : 3 Octobre 1980.

Budget estimé : 1,4 M$ canadiens.



PLUS SUR LE CRI DES TENEBRES

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Le visuel de l'édition Blu-Ray + DVD + Livret / ©Rimini Editions. Tous droits réservés.

Rimini Editions sort le 14 Février 2026 une superbe édition Digipack (Blu-Ray + DVD + Livret) du film Le Cri des ténèbres, dans sa collection Angoisse qui n'en finit pas de s'étoffer.

📀 Détails de l'édition  : 

L'ensemble est présenté dans un boitier Digipack trois volets avec étui contenant : le Blu-ray du film, le DVD et le livret "William Fruet, d’auteur à horreur"» rédigé par Marc Toullec (24 pages). 

Sur le Blu-Ray, le film est restitué en 1080p AVC, au format 16/9 avec un ratio d'image 1.85, constitué à partir de diverses sources internationales de la pellicule 35 mm. Comme il est indiqué en préambule du film, certains passages du film souffrent de (très) légers défauts.

L'image est très correctement restituée avec un léger grain perceptible sur l'ensemble du film, mais les contrastes sont bien tranchés et les scènes de nuit ont des noirs profonds.

🎙️En audio, deux pistes sont proposées avec un son mono à l'origine : Français DTS-HD 1.0 mono manquant de relief et non exempts de défauts, et la version US originale uniquement sous-titrée en français. On privilégiera cette dernière piste beaucoup plus qualitative.

Extraits des menus du Blu-Ray et extrait du film / ©Artus Films. Tous droits réservés.

📀 Sur le Blu-Ray testé, à partir du menu animé (1'29") avec quelques scènes emblématiques du film : accès au film (1h32'18"), aux versions, aux chapitres (9) et à la bande-annonce en V.O. non sous-titrée (1'43").

Pas de suppléments disponibles sur le Blu-Ray et le DVD mais le livret de 24 pages consacré au réalisateur William Fruet et rédigé par Marc Toullec compense ce manque.

Encore une belle édition de la collection Angoisse de chez Rimini. 


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