DANSE MACABRE (1964)


L'histoire

Un journaliste sceptique décide de passer la nuit d’Halloween dans le Château de Providence, réputé hanté et fatal à ceux qui y séjournent. Ce qui devait être un simple défi rationnel se transforme en véritable cauchemar lorsque le passé macabre du lieu se matérialise sous ses yeux. Confronté aux esprits qui hantent le château, il découvre peu à peu la vérité derrière la légende. Au cœur de cette expérience surnaturelle, il tombe même amoureux d’un mystérieux et envoûtant fantôme.


L'AVIS DE SF-STORY****

POINTS POSITIFS ET NEGATIFS

+ Une co-production italo-française pour un film d'épouvante gothique aux éclairages somptueux qui convoque les spectres et Barbara Steele en revenante amoureuse fantôme...

 

 

HORS-CHAMP*

Epouvante gothique italo-française

 

Dans une auberge londonienne, un journaliste sceptique remet en question la véracité des récits de l'écrivain Edgar Allan Poe, présentés ici non comme des fictions mais comme des témoignages authentiques de phénomènes surnaturels. Pour démontrer son incrédulité et pour 10 livres, il relève le défi lancé par Lord Blackwood : passer la nuit fatidique, entre la Toussaint et le Jour des Morts, dans un château réputé hanté. Là, il est confronté aux esprits des morts, qui rejouent les derniers moments tragiques de leur vie, et tombe sous le charme d’Elizabeth Blackwood (Barbara Steele), un spectre aussi envoûtant que dangereux. Cette confrontation entre vivants et revenants explore l’amour posthume et la frontière incertaine entre vie et mort, dans une nuit où passé et présent se superposent...

Dans le paysage fertile du cinéma d’horreur européen des années 1960, Danse macabre/Danza Macabra exploité outre-manche et aux USA sous le titre Castle of Blood occupe une place de choix parmi les œuvres gothiques qui mêlent mystère, romantisme spectral et fantômes tragiques. Réalisé par Antonio Margheriti, ce film est le fruit d’une coproduction italo-française qui s’inscrit dans l’élan de l’épouvante gothique inspirée par les productions britanniques de la Hammer Films, dont il emprunte les lieux et les décors.

Une atmosphère gothique, visuelle et musicale

 

Danse macabre fut tourné en un temps record (environ 15 jours seulement) ce qui imposa une énergie de plateau inhabituellement concentrée pour une production de genre. Pour respecter ce calendrier serré, Margheriti adopta une méthode de travail inspirée de la télévision, en installant trois caméras simultanément pour capturer les scènes sans longs ajustements. Afin d'éviter les dépassements de délai, il fit même revenir le scénariste et réalisateur initial Sergio Corbucci pour diriger la scène où Elisabeth est poignardée par le jardinier...

Le résultat est une atmosphère gothique dense et élégante, portée par une photographie aux éclairages somptueux soutenue par la partition musicale évocatrice de Riz Ortolani. Ce dernier a été le compositeur du sulfureux Cette chienne de vie (Mondo cane) de Paolo Cavara, dont la chanson titre Ti guarderò nel cuore/More lui vaudra un Grammy et sera également nommée aux Oscars. Il réalisera d'autres musiques très célèbres comme celle du terrible Cannibal Holocaust (1980). Certaines de ses musiques ont été reprises dans les films Django Unchained ("I Giorni Dell'ira /Days of Anger) de Quentin Tarantino, ainsi que dans Drive ("Oh My Love"/Riz Ortolani interprétée par Rina Ranieri) de Nicolas Winding Refn.

Barbara Steele au charme spectral

 

La figure centrale du film reste Barbara Steele qui incarne la mystérieuse Elizabeth avec une présence magnétique. Son visage est l'un des plus emblématiques du cinéma fantastique européen, souvent surnommée la “reine du gothique”.

Cette actrice anglaise débute sa carrière comme mannequin avant de se tourner vers le cinéma à la fin des années 1950 mais c'est en Italie qu’elle va devenir une icône absolue, grâce au renouveau du cinéma d’horreur gothique dans les années 60. Son regard hypnotique et sa présence à la fois fragile et inquiétante en font une actrice immédiatement reconnaissable.

Sa performance, déjà acclamée dans Le Masque du démon de Mario Bava, où elle incarne un double rôle mémorable, apporte à Danse macabre une dimension sensuelle et mélancolique rarement atteinte dans les séries B de l’époque,

Dans le film fondateur de Bava, elle impose son image de femme maudite, sensuelle et spectrale, et lance une série de collaborations avec le cinéma fantastique italien. Elle enchaîne alors les classiques comme ce Danse Macabre ou La Longue Chevelure de la mort, Le Spectre, L’Heure de l’angoisse, ou encore Les Amants d’outre-tombe.

Contrairement à beaucoup d’actrices associées au cinéma d’exploitation, Barbara Steele impose souvent des personnages complexes, ambigus, oscillant entre victime et menace. Elle devient l’incarnation même du gothique cinématographique même si elle se montre parfois critique envers la violence gratuite ou la misogynie de certains scénarios, refusant plusieurs rôles qu’elle juge trop complaisants.

À partir des années 70, elle s’éloigne progressivement du cinéma d’horreur, travaillant davantage à la télévision et dans des productions américaines, notamment dans Frissons/Shivers (1975) de David Cronenberg ou des séries comme Dark Shadows. Aujourd’hui, Barbara Steele reste une figure culte, célébrée par les fans, un des symboles d’un âge d’or du fantastique européen, où la peur passait avant tout par la poésie, l’atmosphère et la suggestion.

Références littéraires

 

Présent dans la scène d'ouverture du film, le personnage d’Edgar Allan Poe (interprété par Silvano Tranquilli) installe immédiatement le ton littéraire et fantastique de l’intrigue, évoquant l’univers des contes noirs bien qu’aucune adaptation précise d’une œuvre de Poe ne soit créditée. Cette évocation, plus suggestive qu’explicite, confère au film une aura de mystère littéraire, entre hommage et exploitation thématique des mythes de la maison hantée et des récits de revenants, agrémenté des nuisettes suggestives de revenantes éplorées...

L'érotisme discret de Danse Macabre

Margheriti : un réalisateur de SF

 

Le réalisateur Margheriti a souvent minimisé les qualités du film malgré sa réputation : il a expliqué que Danza macabra lui avait été imposé (par Sergio Corbucci qui devait initialement le tourner) et qu’il avait le réaliser dans l’urgence, ce qui, selon lui, lui laissait peu de temps pour peaufiner certaines idées ou effets. Il soulignait aussi les limites engendrées par cette rapidité de production, qui explique en partie l'apparition de spectres sans effets spéciaux particuliers. 

Dans une interview, il déclarait pourtant qu’il considérait ce film comme l’un de ses meilleurs dans le genre de l’épouvante,  celui qu’il retenait comme “son meilleur film d’horreur” parce qu’il avait pu choisir librement ses acteurs (notamment Barbara Steele) et travailler dans un climat assez détendu, sans contraintes trop lourdes imposées par des producteurs ou distributeurs. 

Margheriti expliquait aussi, avec humour et auto-dérision, qu’il avait dû trouver des solutions rapides sur le plateau, notamment pour les trucages et l’organisation technique : en raison des délais très courts, il utilisait plusieurs caméras comme en télévision, et il racontait que ses films, bien qu’artisanaux, tiraient leur force de ce travail et de techniciens passionnés. 

Lorsque le film sorti dans les salles italiennes le 27 février 1964, il n'eut pas le succès escompté ce qui incita le réalisateur à réaliser un remake en couleur en 1971, intitulé Les Fantômes de Hurlevent/Web of the Spider (1971), dans lequel Michèle Mercier reprend le rôle de Barbara Steele et Anthony Franciosa celui de Georges Rivière, avec Klaus Kinski dans le rôle d'Edgar Allan Poe. Le réalisateur dira plus tard qu'il était "stupide de refaire le film" car "la photographie en couleur a tout détruit : l'atmosphère, la tension", le trouvant par ailleurs "bien plus ennuyeux".

L'affiche américaine de Space-Men et l'affiche italienne de La planète des hommes perdus. Tous droits réservés.

Un réalisateur de science-fiction

 

D'abord technicien en effets spéciaux, Antonio Margheriti devient cinéaste dans les années 1960, s'illustrant presque uniquement dans le cinéma de genre et débute par... deux films de science-fiction : Le Vainqueur de l'espace/Space Men (1960) et La Planète des hommes perdus/Il pianeta degli uomini spenti (1961). 

Ses films visant un marché international, il prend d'abord le pseudonyme d'Anthony Daisies (soit "Antoine Marguerites", la traduction littérale de son vrai nom). Mais, ayant découvert que ce nom avait en anglais une connotation homosexuelle, il choisit de se faire appeler Anthony M. Dawson. Il ignorait cependant qu'un acteur britannique s'appelait Anthony Dawson

Les Criminels de la galaxie/I criminali della galassia (1965), La Guerre des planètes/I diafanoidi vengono da Marte (1965). Tous droits réservés

Le réalisateur franchit un cap décisif au milieu des années 1960 avec le cycle Gamma Uno, qui sera la pierre angulaire de sa carrière dans le genre SF. Commandée par la MGM, par l'intermédiaire de Mercury Film International, cette tétralogie comprend  : Les Criminels de la galaxie/I criminali della galassia (1965), La Guerre des planètes/I diafanoidi vengono da Marte (1965), La Planète errante/Il pianeta errante/War Beetween the Planets (1966) et La Mort vient de la planète Aytin/La morte viene dal pianeta Aytin (1967), qui ont pour point commun d'être situés autour de la station spatiale Gamma Uno.

Tournés à Rome avec des budgets modestes et une méthode de production ingénieuse pour l'époque et déjà utilisée sur Danse Macabre : plusieurs caméras permettent de filmer plusieurs scènes simultanément. Les quatre films sont tournés quasi simultanément en douze semaines, avec les mêmes décors et la plupart des mêmes acteurs. Margheriti y développe une science-fiction populaire, dans l'esprit des serials comme Flash Gordon, mêlant enquête, aventure spatiale et éléments d’horreur. 

La Planète errante/Il pianeta errante/War Beetween the Planets (1966) et La Mort vient de la planète Aytin/La morte viene dal pianeta Aytin (1967) /  Tous droits réservés.

Initialement conçus pour le marché de la télévision américaine, l'ambition de ces films visait à donner naissance à un nouveau genre de SF "made in Italy", économiques, se démarquant des longs métrages américains à gros budget. 

L’esthétique inventive, parfois psychédélique, et l’usage artisanal,  mais astucieux, des maquettes et effets spéciaux valent à Margheriti une reconnaissance durable : Stanley Kubrick aurait même sollicité ses conseils techniques lors de la préparation de 2001 : L’Odyssée de l’espace. Avec Gamma Uno, Margheriti anticipait déjà l’esprit des séries SF télévisées à venir et imposait une vision spectaculaire et accessible du cinéma de genre.

En 1982, Antonio Margheriti réalise sur le tard le mythique Yor, le chasseur du futur avec Reb Brown, un nanar de haute volée... dont l'affiche sera pourtant dessinée par Philippe Druillet !

Il réalisera un dernier film avec Cyberflic/Potenza virtuale, avec Terence Hill, où un flic de Miami retraité reprend du service pour mettre en échec un réseau de terroristes, avec l'aide de son défunt partenaire, réanimé virtuellement : une ultime tentative de réintroduire la science-fiction dans un cinéma italien qui avait depuis longtemps oublié le genre.

Quentin Tarantino est un fan assumé de Margheriti : il glissera son nom deux fois dans les protagonsites d'Inglourious Basterds et de Once Upon a Time in... Hollywood.

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PHOTOS

© Tous droits réservés. 

AFFICHES


GENERIQUE

Danse Macabre (Danza macabra)Antonio Margheriti, Sergio Corbucci (non-crédité), 1964, Italie/France.

Autres titres : Castle of Blood.

Son : Mono. Format d'image : 1.85 / 35mm / Noir et blanc.

Réalisateur : Antonio Margheriti. Durées 1h 27min (87 min), 1h 22min (82 min) version Royaume-Uni.

Assistant réalisateur : Ruggero Deodato.

Productions Giovanni Addessi Produzione. Cinematografica, Ulysse Productions, Vulsinia Films.

Distribution France : Les Films Marbeuf.

Producteurs : Giovanni Addessi, Franco Belotti, Walter Zarghetta.

Producteurs exécutifs : Leo Lax, Marco Vicario.

Scénario : Giovanni Grimaldi (Jean Grimaud au générique) et Bruno Corbucci (Gordon Wilson Jr. au générique) d'après une nouvelle d'Edgar Allan Poe (en fait une invention des scénaristes).

Effets spéciaux/visuels : Ettore Catalucci. Société : S.P.E.S.

Directeur de la photographie : Riccardo Pallottini.

Montage : Otello Colangeli.

Chef décorateur : Ottavio Scotti.

Décorateur : Ennio Michettoni.

Direction artistique : NC.

Musique : Riz Ortolani.

Costumes : Rose Lyne.

Maquillages : Sonny Arden, Adalgisa Favella.

Interprètes :  Barbara Steele (Elisabeth Blackwood), Georges Rivière (Alan Foster alias George Riviere), Margrete Robsahm (Julia Alert), Arturo Dominici (Dr. Carmus alias Henry Kruger), Howard Nelson Rubien (Silvano Tranquilli), Edgar Allan Poe Montgomery Gleen), Sylvia Sorrente (Elsi Perkings), Umberto Raho (Lord Thomas Blackwood), Giovanni Cianfriglia (Herbert alias Phil Karson), Benito Stefanelli (William alias Ben Steffen), Johnny Walters, Miranda Poggi (Une femme alias 

Merry Powers)...

Date de sortie française : 14 Avril 1965.

Date de sortie italienne27 février 1964.

Budget estimé : NC.



PLUS SUR DANSE MACABRE

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Le visuel de l'édition Blu-Ray 4K Ultra HD + Blu-ray + Blu-ray bonus + Livret / ©Artus Films. Tous droits réservés.

Artus Films a proposé le 3 Décembre 2024 une superbe édition Digipack (DVD+ 2 Blu-Ray1 UHD-66, 2 BD-50 et livret) du film Danse Macabre. Fort du succès de cette édition, une réédition en Blu-Ray simple est sortie le 2 décembre 2025. Nous détaillerons ici ces deux éditions.

📀 Détails de l'éditions Artus Films parue le 3 Décembre 2024 : 

Annoncé comme une version intégrale non censurée, annonce tapageuse pour un film relativement peu violent ou sanglant, cette version intègre certaines séquences initialement censurées lors de la première sortie du film. Le film est restitué avec un master 4K (HEVC - HDR10 au format 16/9 - en ratio 1.85) restauré et préservé en 2022 par la société Cinématographique Lyre en collaboration avec la Cinémathèque Française, et le soutien du CNC, Mairie du 8ème (Paris), Artus Films, Lobster Films et Severin Films à partir de différentes sources 35mm (deux écrans avant le début du film expliquent cette restauration). 

L'ensemble est présenté dans un superbe coffret rigide avec couvercle et boîtier Digipack 3 volets contenant : le 4K Ultra HD du film, le Blu-ray du film, un Blu-ray complet de bonus (détaillé ci-dessous) et un livret de 96 pages "Barbara conduit le bal » rédigé par Jean-Pierre Bouyxou et Vincent Roussel,  et 6 cartes photo du film. 

🎙️Coté audio, trois pistes avec un son mono à l'origine : Français 2.0 mono à la limpidité sans faille, restauration oblige, Italien 2.0 mono  et le film en audiodescription. Quelques variantes dans les dialogues entre les versions françaises et italiennes qui ne nuisent pas à la vision et à la compréhension du film.

Extraits des menus du Blu-Ray et extrait du film / ©Artus Films. Tous droits réservés.

Sur la nouvelle édition Blu-Ray simple testé, à partir du menu fixe : accès au film (1h31'13") et aux suppléments, toujours riches dans les éditions Artus Films.

📀 Les suppléments de l'édition Blu-Ray simple :

- Film-annonce (3’29”, VF), cette bande annonce aux multiples scories permet surtout de comparer avec la version restaurée du film, 

😊 Danse macabre, la véritable histoire (2023, 8’52”, VOST / Artus Films 2023) par Adrian Smith (« Danza macabra: The True Story » : un document passionnant sur la genèse du film et son exploitation aux USA, avec de nombreuses affiches de films et des extraits de Danse Macabre.

Extraits de L’Éclat d’un rêve d’opium par Nicolas Stanzick / ©Artus Films. Tous droits réservés.

😊 L’Éclat d’un rêve d’opium (2024, 72’24” / Artus Films) par Nicolas Stanzick. Le journaliste bien connu des lecteurs de Mad Movies et L'Ecran Fantastique replace le film dans le contexte des films d'horreurs de l'époque, évoque l'actrice Barbara Steele et le tournage. Il revient aussi sur les sources d'inspiration du scénario du film. Une somme d'informations pour compléter la vision de Danse Macabre !

📀 En plus de ceux ci-dessus, voici les autres suppléments de l'édition Coffret Blu-ray 4K (disque bonus)

-  L’Aventure Danse macabre » avec Olivier Père, Jean-François Rauger et Paola Palma (2024, 93’23”),

- Retour au château » (2023, 23’49”, VOST) sur les lieux du tournage à Bolsena, Italie 

- Le Réalisateur qui n’aimait pas le sang  (2024, 13’40”, VOST) : Entretien avec Edoardo Margheriti,

- Prise alternative (2’22”, VF),

- Diaporama d’affiches et photos (2’42”).

Du bien bel ouvrage proposé une nouvelle fois par l'éditeur Artus Films ! On privilégie bien sûr la superbe édition Digipack parue en 2024 qui est un superbe écrin pour le film.


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