HAPPYEND (2025)


L'histoire

Tokyo, dans un futur proche où plane la menace constante d'un séisme ravageur. Yuta et Kou, deux amis inséparables s’amusent à perturber l’ordre établi de leur lycée.

Après un mauvais coup de trop, la direction du lycée déclenche des représailles et met l'établissement sous le contrôle d’une IA de surveillance. Dans un climat de suspicion généralisé, la relation entre les deux amis est mise à l'épreuve : l’un choisit l’indifférence, l’autre la révolte.


L'AVIS DE SF-STORY***

POINTS POSITIFS ET NEGATIFS

+ Une grande justesse dans la représentation de l’adolescence au Japon, portée par la sensibilité de Neo Sora.

- Une dimension dystopique trop en retrait, qui manque de développement et de cohésion.

Happyend, premier long métrage de Neo Sora, oscille entre chronique adolescente sensible et dystopie politique esquissée. Dans un Tokyo de futur proche, menacé par des séismes imminents signalés par smartphones et placé sous surveillance, des lycéens en uniforme tentent de préserver leurs liens.

Yuta et Kou, deux amis amateurs de musique, s’amusent à perturber leur lycée jusqu’à un acte marquant, la voiture du proviseur retrouvée à la verticale, qui déclenche enquête et suspicion, notamment envers deux étudiants sud-coréens rapidement accusés. L’établissement bascule alors sous le contrôle de Panopty, une IA de surveillance, révélant une société de plus en plus autoritaire.

Le film séduit par la justesse de son regard sur la jeunesse, entre insouciance, silences et tensions politiques naissantes mais la dimension dystopique reste en retrait, plus suggérée qu’incarnée. Porté par un rythme lent et une esthétique aux tons noirs, beiges et ocres dans un Tokyo aseptisé et froid, le film intrigue autant qu’il frustre, laissant entrevoir une ambition encore inaboutie. Alors qu'il se veut être une réflexion sur l’autoritarisme, la surveillance algorithmique et les fractures identitaires dans une société japonaise en mutation, Happyend hésite entre chronique douce-amère et véritable charge politique.

HORS-CHAMP*

Un monde sous tension

 

Neo Sora, le réalisateur de Happyend, évoque des influences variées, mêlant films sur la jeunesse comme La Fureur de vivre (1955) de Nicholas Ray ou Une belle journée d’été (1991) d’Edward Yang, à une réflexion plus prospective sur le Japon. Le film s’ancre dans une angoisse très contemporaine : "dans un avenir proche, la peur d’un tremblement de terre dévastateur », qui devient le point de départ d’une vision quasi science fictionnelle d’un futur proche, à la fois social et politique.

Cette peur permanente nourrit une métaphore d’un monde sous tension : "un monde où la pression monte et peut exploser à tout moment". Le film interroge ainsi les conséquences psychologiques d’un tel climat, tout en s’inspirant d’événements réels comme Fukushima ou le séisme japonais de 1923, dont les répercussions sociales et les dérives (rumeurs, violence, racisme) trouvent un écho dans un futur proche crédible, proche de l’anticipation. 

Une réalité en trompe l'oeil

 

Sur le plan formel, le réalisateur choisit de ne pas tout montrer frontalement : "j’ai réfléchi pour que les choses ne soient pas trop explicites". Les conflits sont souvent perçus à distance, filtrés par le regard des personnages, renforçant une dimension subjective et presque spéculative, comme si la réalité elle-même devenait incertaine, à la manière de certains récits de science-fiction centrés sur la perception.

Enfin, malgré cette atmosphère sombre, le film conserve une dualité assumée, "résumée dans son titre Happyend, où "happy" et "end" […] sont antagonistes ». Entre effroi, catastrophe imminente et énergie de la jeunesse, le film oscille entre chronique réaliste et anticipation, offrant une vision à la fois intime et troublante d’un futur possible.

Un moment de bascule sociétal

 

Neo Sora explique son travail sur la lumière avec le chef opérateur Bill Kirstein, afin de traduire visuellement une instabilité proche de l’anticipation : "le monde est en train de trembler". À travers jeux d’ombres et d’éclairages mouvants, il cherche à évoquer un univers fragile, où une catastrophe peut surgir à tout moment, comme un tremblement de terre omniprésent. Cette approche visuelle sert aussi de métaphore aux relations humaines : "les deux amis sont comme des plaques tectoniques", dont les liens se fissurent progressivement. L’utilisation de la lumière devient ainsi un langage narratif, traduisant à la fois une instabilité émotionnelle et un monde en mutation, proche d’un futur sous tension.

Le film se déroule dans un Tokyo fictif, recréé principalement à Kobe, renforçant l’idée d’un espace légèrement décalé du réel, presque spéculatif. Le choix des décors, notamment une école de sciences capable d’accueillir des scènes atypiques comme cette voiture à la verticale, participe à cette ambiance où le quotidien bascule dans l’étrangeté. Le réalisateur insiste sur l’importance de montrer "un moment de basculement sociétal", en filmant de petites figures humaines face à des architectures massives.

Malgré son ancrage intime autour de l’amitié, le film élargit son propos à une dimension collective et presque dystopique, où l’environnement et la société reflètent les tensions internes des personnages. Par ses choix visuels et narratifs, il construit ainsi une œuvre à la frontière du réalisme et de l’anticipation, où chaque élément suggère qu’un effondrement, personnel ou global, reste imminent.

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PHOTOS

© Eurozoom - Tous droits réservés.

AFFICHES


GENERIQUE

Happyend (id.), 2025, Neo Sora, Japon/États-Unis/Singapour/Royaume-Uni. 

Autres titres : Earthquake.

Son : Dolby Digital. Format d'image : 1.85.

Réalisateur : Neo Sora. Durée : 1h53.

Productions : Zakkubalan, Cineric Creative, Cinema Inutile, en association avec Sons of Rigor Films, Spark Features, Purple Tree Content, Giraffe Pictures.

Distribution France : Eurozoom.

Producteurs : Anthony Chen, Alex C. Lo, Aiko Masubuchi, Eric Nyari, Albert Tholen.

Producteur exécutifs : Douglas Choi, Kaoru Hayashi, Robina Riccitiello, Ema Ryan Yamazaki.

Producteurs co-exécutifs : Teoh Yi Peng, Samuel Sagan, Su Ching Teh, Engin Yenidunya.

Scénario : Neo Sora.

Directeur de la photographie : Bill Kirstein.

Direction artistique : NC.

Chef décorateur : Norifumi Ataka.

Décorateur plateau : NC.

Effets visuels : Fumiro Sato.

Montage : Albert Tholen.

Musique : Lia Ouyang Rusli.

Casting : Rikiya Takano.

Costumes : Shigeo Ômori.

Maquillage : Junko Hirabayashi.

Interprètes : Shina Peng (Ming), Makiko Watanabe (Yoko), Kosuke Tanaka (Takuro), Ayumu Nakajima (Okada), Hayato Kurihara (Yuta), Shirô Sano (Le proviseur Nagai), Yukito Hidaka (Kou), Yûta Hayashi (Ata-chan), Kilala Inori (Prayer Kirarafumi), Eigi Kodaka (Music Shop Manager), Yuta Koga (Yusaku), Arazi (Tom), Motomasa Okui (Shio-chan), Pushim (Fukuko)...

Date de sortie française : 1er Octobre 2025.

 



PLUS SUR HAPPYEND

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TEST BLU-RAY

Happyend est sorti en DVD chez Eurozoom le 17 Mars 2026 en 📀 Edition DVD simple (DVD-9), dans un boîtier Keepcase classique .

A partir du menu animé, accès au film (1h48'17"), aux 6 chapitres, aux suppléments.

Une qualité d'image au format 16/9, ratio original 1.85 respecté, issue de la source numérique (8K) : le film a été tourné avec des caméras Sony CineAlta Venice 2, plein format avec enregistrement codec de 16 bits X-OCN interne et capteur 8K. Une définition parfaite pour un film à dominante froide de gris et de bleus, une image sans défauts majeurs.

🎙️Pour l'audio, la version originale en japonais Dolby Audio 5.1, sous-titrée uniquement en français.

Extraits de "Rencontre avec Neo Sora et Shina Peng" et de "A very straight neck"- © Eurozoom. Tous droits réservés. 

Les bonus présents sur le DVD (en VO sous-titrée en français) :

- Rencontre avec Neo Sora et Shina Peng (2024 / 24'14") : une interview réalisée lors du 62ème New York Film Festival (NIFF), le réalisateur et l'actrice évoquent le thème de l'amitié qui irradie le film, le casting, les décors comme l'école. Le réalisateur revient aussi sur le séisme de 1923 au Japon : à la suite de la catastrophe, des rumeurs sans fondement visant la communauté coréenne au Japon se propagent rapidement, provoquant des violences meurtrières. Des milliers de Coréens, mais aussi des Chinois et des militants politiques de gauche, sont alors massacrés. La radio publique NHK est créée afin de mieux encadrer et contrôler la diffusion de l’information, tandis que le pouvoir en place, déjà marqué par des tendances nationalistes et militaristes, se durcit encore davantage.

Aujourd’hui encore au Japon , le 1er septembre est le "jour de la prévention des désastres", consacrée à la mémoire de ces événements et à la sensibilisation aux risques.

A very straight neck (2025 / 10'11") : court métrage écrit et réalisé par Neo Sora, adapté de la bande dessinée I Will Go Ahead (2019) de Momoe Narazaki. 

Une femme (Sakura Andō) se réveille un matin avec une douleur intense à la nuque. Le récit suit cette protagoniste confrontée à une souffrance physique soudaine qui ravive en elle des souvenirs d’enfance, le corps devenant le reflet d’un traumatisme émotionnel profond.

Le film a été présenté en première mondiale le 13 août 2025 au Festival international du film de Locarno, dans la section Concorso Corti d’Autore, où il a remporté le Pardino d’Oro Swiss Life du meilleur court métrage d’auteur. Il a ensuite été projeté au Japon lors du Festival du film asiatique d’Osaka à la fin du mois d’août 2025.


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*Le hors-champ est la partie de la scène qui n'apparaît pas dans un plan d'un film parce qu'elle n'est pas interceptée par le champ de l'optique de la caméra que ce champ soit invariable (plan fixe), ou variable (plan où la caméra effectue un mouvement (panoramique et/ou travelling) et/ou un zoom).