En 2045, Paris est divisé en zones qui séparent les classes sociales et surveillé par l'IA Alma. Salia, enquêtrice d’élite de la Zone 2, et Zem, policier désabusé de la Zone 3, sont forcés de collaborer pour enquêter sur l’assassinat de l’inventeur d’Alma. Leur enquête va vite révéler des couches de conspiration bien plus profondes qui les forcent à remettre en question leurs propres allégeances et la véritable nature de l'autorité qui gouverne le pays.
POINTS POSITIFS ET NEGATIFS
+ La transposition au cinéma du roman de Laurent Gaudé : la société de l'hypersurveillance et du totalitarisme, un Blade Runner à la française avec un casting cinq étoiles !
+ Avec environ 42M€, Chien 51 est l'un des plus gros budget pour un film de SF français !
Un thriller SF sans la substance originelle
Autant le dire d'emblée, j'ai commis l'erreur de lire le roman avant de voir le film. Avec Chien 51, Cédric Jimenez s’attaque à la science-fiction, un territoire pour lui inconnu, et où son goût du réalisme et du rythme heurté trouve ici ses limites. Le cinéaste de BAC Nord voulait visiblement projeter son univers de flics et de zones de tension dans un Paris futuriste, mais la sauce ne prend que rarement. Visiblement, le film veut courir dans la cour des grands — Blade Runner et consorts — mais finit par ressembler à un Minority Report tourné vingt ans plus tôt, sans la poésie, sans la vision, sans la colère, enchaînant les courses poursuites sans une substance narrative cohérente, multiplie les pistes pour perdre le spectateur. Le film aligne donc les gadgets visuels, les drones et les hologrammes avec la conviction d’un film de commande, mais jamais il ne retrouve la vraie tragédie poignante et passionnante du roman social originel dont il s’inspire. Jimenez a transformé (et transposé en France) une œuvre politique sur l’exploitation et la misère en un clip de luxe sur fond de dystopie aseptisée. Les thématiques brûlantes — crise écologique, effondrement économique, rachat de pays entiers par des multinationales — ont purement et simplement disparu du radar. Tout ce qu’il reste, c’est un vernis high-tech sans substance.
La fête du Love Day, censée incarner l’apothéose sociale d’un monde sous contrôle, se résume à une soirée branchée vaguement décadente dans un club façon Millenium. On a déjà vu plus visionnaire — et plus vivant. Passons également la scène affligeante du karaoké...
On ne saura rien non plus du 51 dont s'affuble le titre, alors qu'une explication était donnée dans le roman, juste devenu un numéro qui claque bien dans les bandes annonces.
Quant à Zem (Gilles Lellouche, valeureux mais coincé), le héros supposé tragique, sa genèse n’est jamais montrée. On devine qu’il a un passé, des blessures, des cicatrices — mais tout cela reste hors champ. Or, c’est justement ce passé qui devrait conditionner toute l’évolution du personnage. Jimenez saute cette étape, préférant filmer des drones qui ronronnent et des courses poursuites dans des tunnels bleutés. Finalement, son duo avec Adèle Exarchopoulos ne fonctionne que très rarement.
Côté technique, le film étale son budget (42 millions d’euros, tout de même) avec l’enthousiasme d’un nouveau riche : beaucoup d’effets numériques mais peu d’idées. Jimenez recycle les codes du cyberpunk sans jamais en comprendre la substance. Son Paris dystopique n’est qu’un décor en friche, sans chair ni cohérence. Même le style visuel — terne, lustré, glacial — finit par lasser.
Le plus triste, c’est que Chien 51 ne choisit jamais son camp. Il prétend dénoncer un système autoritaire, mais il filme la répression avec une gourmandise presque fétichiste, en y ajoutant une pub Lacoste ! Jimenez adore ses drones, ses uniformes, ses sirènes, ses coups de feu. Sous couvert de dystopie contestataire, il signe un film fasciné par l’ordre, hypnotisé par ses propres dispositifs de contrôle.
Au final, une série B au prix d’un blockbuster, ce qui devait être un pamphlet se retrouve vidé de toute substance, devenant un futur sans âme ni mémoire : mieux vaut tirer sur l'IA plutôt que de s'attaquer aux puissants qui l'ont créée.
Bac Nord 2045
L'équipe des films Bac Nord et Novembre s'est reformée pour Chien 51, un film thriller SF dystopique : le réalisateur Cédric Jimenez (La French, Bac Nord et Novembre) retrouve ainsi Gilles Lellouche et Adèle Exarchopoulos. Le film est l'adaptation cinématographique - très éloignée- du roman éponyme de Laurent Gaudé co-écrit par le réalisateur et Olivier Demangel.
L'histoire se déroule en 2045 dans un Paris dystopique (le roman décrivait une Grèce totalitaire), divisé en zones sociales surveillées par une intelligence artificielle nommée Alma. L'intrigue suit Salia, une enquêtrice de la zone 2, et Zem, un détective désillusionné de la zone 3, contraints de travailler ensemble pour enquêter sur un groupe terroriste responsable de plusieurs assassinats, et notamment de celui de l’inventeur d'Alma. Leur enquête révèle des complots plus profonds, forçant les deux protagonistes à remettre en question les structures de pouvoir et leur propre loyauté envers l'autorité qui régit la ville.
Casting cinq étoiles
Aux côtés de Gilles Lellouche dans le rôle de Zem, et d'Adèle Exarchopoulos, on retrouve, l'acteur et réalisateur Louis Garrel (L'innocent), Stéphane Bak (Twist à Bamako -2021), Daphné Patakia (Benedetta, la série OVNI(s) de Canal), Romain Duris (Le Règne Animal) et même Artus ! La chanteuse Lala &ce y tient également son premier rôle.
La production s'appuie sur des effets spéciaux pour rendre crédible cet univers surveillé et compartimenté, explorant ainsi des thèmes d’actualité autour de la surveillance technologique et de la ségrégation sociale. La collaboration entre plusieurs studios, dont Artémis Productions et StudioCanal, apporte la dimension visuelle et immersive (et le budget) de ce thriller futuriste qui, tout comme le roman, semble emprunter des éléments stylistiques aux classiques dystopiques comme Blade Runner et Brazil.
Côté scénario, le réalisateur a fait de nouveau appel à Olivier Demangel, l'un des scénaristes de la série Baron noir et de son précédent film, Novembre, qui revenait sur l'enquête policière des cinq jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre 2015 en France.
Tournage parisien
Pour Cédric Gimenez, Chien 51 est plus complexe à réaliser que ses précédents films : "On est plus dans un présent augmenté que dans la pure dystopie littéraire… je n'ai pas envie de le dater mais c'est presque après-demain."
Du 19 août au 18 décembre 2024, l'équipe de tournage a pris ses quartiers dans la région PACA, à Bruxelles et sur plusieurs lieux parisiens.
Dans le film l'action du livre est transposée à Paris divisé en trois zones, la zone étatique des plus riches; la zone 2, le Paris intramuros tel qu'il est plus ou moins inaccessible aujourd'hui et la zone 3 qui représente les milieux populaires et qui ont été séparés par des checkpoints. Le tournage s'est ainsi déroulé du 2 au 6 Novembre sur le Pont d'Arcole, où se trouve l'un des checkpoints de la capitale pour le film.
Une autre scène a été filmée dans la cour pavée du bâtiment de la Monnaie de Paris, sensé représenter la cour de l'Elysée où l'acteur Romain Duris campait le ministre de l'Intérieur faisant une interview suite à un attentat qui à lieu dans les premières minutes du film. Le réalisateur Cédric Jimenez déclarait à ce propos dans un interview pour Canal+ : "C'est un ministre qui a un lourd secret et qui a des idées franchement sécuritaires... c'est un rôle pas facile à jouer et qui est très important dans le film. je suis content que ce soit Romain Duris qui l'interprète car il est très bon."
Pas un Blade Runner à la française
Interviewé sur le fait que le livre était intiment lié à l'univers de Blade Runner, Cédric Jimenez s'est défendu à ce sujet : "Blade Runner c'est de la pure science-fiction… moi je veux être très réaliste donc ce serait plus Les Fils de l'homme mais je regarde beaucoup de films et tout cela se mélange, se digère, ce n'est pas forcément lié au genre du film."
Tournage marseillais
Le tournage du film avait débuté dans les quartier Nord de Marseille, ville d'attache du réalisateur.
Début Septembre 2024, un terrain vague entre la tour CMA-CGM et l'avenue Roger Salengro dans le 15ème arrondissement de Marseille a servi de décor aux premières scènes de tournage : une interpellation dans un foyer de SDF. Le quartier est propice au décor, un Paris dystopique à l'abandon, figurant les bas-fonds de la cité : plusieurs maisons sont murées car vouées à la destruction dans le cadre d'une opération de rénovation de grande ampleur à Marseille. Gilles Lellouche incarnant Ziem, policier désabusé, doit intervenir dans la scène suivante...
Le tournage s'est poursuivi ensuite en Ile-de-France et à Bruxelles.
© Tous droits réservés. © Cedric-Bertrand / Chi-Fou-Mi Production, Studiocanal, France 2 Cinema, Jim Films
Chien 51 (id.), 2025, Cédric
Jimenez, France.
Autres titres : Zone 3 (Allemagne), Dog 51 (Pays anglophones)...
Son : NC. Format d'image : Couleurs.
Réalisateur : Cédric Jimenez. Durée : 1h40.
Productions : , Chi-Fou-Mi Productions.
Co-productions : France 2 Cinéma, Artémis Productions, Jim Films, Shelter Prod, Studio Canal.
Distribution France : StudioCanal.
Producteurs : Hugo Sélignac.
Co-producteur : NC
Producteur associés : NC
Scénario : Cédric Jimenez, Olivier Demangel d'après le roman de Laurent Gaudé.
Directeur de la photographie : Laurent Tangy.
Direction artistique : Bertrand Hée.
Chef décorateur : Jimena Esteve.
Décorateur plateau : NC
Effets spéciaux (sociétés) : Digital District. Effets spéciaux : Marc Lemeslier (assistant), François Philippi (superviseur).
Montage : Laure Gardette.
Casting : Michael Laguens.
Musique : Guillaume Roussel.
Costumes : Stéphanie Watrigant.
Interprètes : Adèle Exarchopoulos (Salia), Xavier Dolan, Louis Garrel (John Mafram), Gilles Lellouche (Zem), Valeria Bruni Tedeschi (Irina), Daphné Patakia, Artus, Stéphane Bak, Hugo Dillon, Kamel Laadaili (Driss), Agathe Mougin, Lala &ce, Marlène De Soares...
Date de sortie française : 15 Octobre 2025.
Date de sortie US : NC.
Budget estimé : 50 M€.
*Le hors-champ est la partie de la scène qui n'apparaît pas dans un plan d'un film parce qu'elle n'est pas interceptée par le champ de l'optique de la caméra que ce champ soit invariable (plan fixe), ou variable (plan où la caméra effectue un mouvement (panoramique et/ou travelling) et/ou un zoom).
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