Aux États-Unis, le NORAD ou centre opérationnel de combat est équipé de moyens informatiques réputés plus fiables que l'être humain, capables de déclencher la mise à feu de missiles atomiques en cas d'attaque ennemie. David, un lycéen passionné d'informatique, se branche par erreur sur l'ordinateur central du NORAD, croyant avoir piraté un nouveau jeu vidéo. Ce faisant, il déclenche le compte à rebours d'une guerre thermonucléaire contre l'Union soviétique
POINTS POSITIFS ET NEGATIFS
+ Le film parvient à créer un vrai suspense, renforcé par des décors impressionnants.
- Malgré ses enjeux très sérieux, le récit repose sur une intrigue assez naïve, avec un adolescent qui déclenche une crise mondiale en pensant jouer à un jeu...
David Lightman, adolescent féru d’informatique, s’introduit par erreur dans un supercalculateur militaire américain conçu pour simuler, anticiper et même lancer une guerre nucléaire contre l’Union soviétique. En croyant initier un simple jeu, il provoque une alerte factice qui fait planer la menace d’un véritable déclenchement de la Troisième Guerre mondiale.
Film culte pour toute une génération de geeks nés avec les années 80, WarGames conserve aujourd’hui encore un charme singulier, à la croisée du thriller de science-fiction et du teen-movie. Le film doit beaucoup à son duo de jeunes acteurs, Matthew Broderick et Ally Sheedy, dont la fraîcheur et la complicité portent un récit pourtant traversé par des enjeux vertigineux. John Badham, solide artisan hollywoodien, parvient par instants à installer un véritable suspense, notamment lors des séquences au NORAD, magnifiées par un décor monumental et une utilisation impressionnante d’écrans géants (en fait des projections sur écran) — une prouesse technique pour l’époque.
Si la musique d’Arthur B. Rubinstein peine à épouser pleinement l’univers informatique qu’elle illustre, restant parfois en décalage avec les images, le morceau Video Fever accompagne efficacement les apparitions du jeune hacker et participe à l’identité du film. Les spectateurs les plus anciens goûteront avec une certaine nostalgie la découverte des modems, des premiers ordinateurs domestiques et des salles d’arcade, témoins d’une époque charnière : celle des débuts de la démocratisation de l’informatique personnelle. Tourné peu après Tron, WarGames partage avec lui cette fascination naïve et ludique pour les machines, tout en annonçant une inquiétude plus sombre sur leur pouvoir.
Le film mêle ainsi avec habileté la légèreté propre aux productions adolescentes des années 80 et une angoisse très contemporaine sur l’automatisation de la guerre, au point de résonner encore aujourd’hui avec des œuvres plus récentes comme A House of Dynamite de Kathryn Bigelow. Sans être exempt de maladresses, WarGames demeure une œuvre emblématique, à la fois divertissante et prophétique, capturant le moment précis où l’ordinateur cessait d’être un objet réservé aux institutions pour entrer dans les chambres d’adolescents… avec des conséquences potentiellement apocalyptiques.
The Genius
Le développement de WarGames débute en 1979, lorsque les scénaristes Walter F. Parkes et Lawrence Lasker imaginent un premier projet intitulé The Genius. Le récit met alors en scène un scientifique mourant, incapable de transmettre son savoir, et le seul être capable de le comprendre : un adolescent rebelle à l’intelligence hors norme. Lasker s’inspire notamment d’une émission présentée par Peter Ustinov consacrée aux grands génies contemporains, dont Stephen Hawking. Fasciné par la situation du physicien, atteint de sclérose latérale amyotrophique, il conçoit l’idée d’un esprit brillant condamné à chercher un successeur intellectuel. À ce stade, l’informatique et le piratage ne font pas encore partie de l’histoire.
Le projet prend un tournant décisif lorsque Parkes et Lasker rencontrent Peter Schwartz, chercheur au Stanford Research Institute, qui leur révèle l’émergence d’une nouvelle sous-culture de jeunes surdoués, futurs "hackers", passionnés d’ordinateurs et de jeux vidéo, et déjà en lien indirect avec le monde militaire. Leur réflexion est renforcée par Willis Ware, expert en sécurité informatique à la RAND Corporation, société de conseil pour les armées US, qui leur confirme qu’aucun système, pas même militaire, n’est totalement à l’abri d’un accès à distance. Ces échanges ancrent définitivement le scénario dans une réalité technologique crédible.
Changement de réalisateur
Initialement, le réalisateur Martin Brest (Le Flic de Beverly Hills; Midnight Run, Rencontre avec Joe Black) est engagé pour réaliser le film et travaille près d’un an et demi au développement du projet. Mais à l’aube du tournage, un conflit éclate avec l’un des producteurs autour du contrôle artistique. Brest, habitué au cinéma d’auteur, se heurte à une vision plus télévisuelle de la production où, selon ses mots, "le réalisateur est un simple maçon". Il est finalement écarté après seulement trois semaines de tournage, même si certaines scènes qu’il a réalisées subsisteront dans le montage final.
La mise en scène est alors confiée à John Badham qui vient de réaliser Saturday Night Fever/La Fièvre du samedi soir (1977),
Dracula (1979) et Blue Thunder/Tonnerre de feu (1983). C'est sûrement ce dernier film, un thriller technologique centré sur un hélicoptère de surveillance ultrasophistiqué. anticipant les thèmes de la dérive de la surveillance et du contrôle, qui détermine le choix des producteurs.
A son arrivée, il infléchit radicalement le ton du film. Là où Brest privilégiait une approche sombre et rigide, Badham cherche au contraire à insuffler du rythme, du plaisir et une énergie ludique. Il raconte que Matthew Broderick et Ally Sheedy arrivent sur le plateau "raides comme des piquets", encore marqués par l’atmosphère pesante instaurée avant son arrivée. Pour détendre l’équipe, Badham multiplie les prises et n’hésite pas à provoquer des moments de convivialité.
Souhaitant renforcer la crédibilité technologique du film, Badham invite sur le plateau une armée de génies de l’informatique (pas encore des geeks), chargés de conseiller l’équipe sur les aspects techniques. En parallèle, le scénariste Tom Mankiewicz contribue à l’écriture de scènes additionnelles directement pendant le tournage. De discrètes contributions qui participent à l’équilibre final de Wargames.
Duo de jeunes acteurs
Les deux jeunes interprètes principaux, Matthew Broderick (David Lightman) et Ally Sheedy (Jennifer Mack), ont été choisis à l’issue de processus assez différents, mais révélateurs de l’époque et de la nature du projet.
Pour Broderick, le choix s’est imposé relativement vite. À l’aube des années 1980, il s’était déjà fait remarquer comme l’un des jeunes talents les plus prometteurs de sa génération, notamment grâce à son travail au théâtre et à son premier rôle marquant au cinéma dans Le retour de Max Dugan d'Herbert Ross (1983). Les producteurs cherchaient un visage capable d’incarner à la fois l’intelligence, l’insolence et une forme de vulnérabilité adolescente crédible. Broderick, avec son jeu naturel et son image de “sur-doué un peu maladroit”, correspondait parfaitement à l’idée de ce hacker précoce, plus curieux que malveillant.
Ally Sheedy, de son côté, a été choisie après une série d’auditions plus classiques. Elle venait du cinéma indépendant et avait déjà montré une sensibilité particulière dans Bad Boys (1983) de Rick Rosenthal, où elle incarnait une adolescente rebelle avec une vraie intensité émotionnelle. Les producteurs et John Badham cherchaient pour Jennifer Mack un contrepoint à David Lightman : une jeune fille à la fois forte, ironique et capable d’apporter une touche humaine à un récit très technologique. Sheedy s’est distinguée par son naturel, son regard et sa capacité à rendre crédible une adolescente prise dans une situation qui la dépasse, sans jamais en faire trop. Deux jeunes acteurs capables de faire oublier la mécanique du scénario au profit d’une vraie alchimie, essentielle pour que le spectateur adhère à cette fable technologique.
Prise de conscience du risque informatique...
Wargames marque une étape historique dans l'acculturation numérique en popularisant les concepts de piratage informatique, de technologie de l'information et de cybersécurité dans la société américaine. Il contient la première référence cinématographique au terme "firewall/pare-feu", alors même que le piratage informatique n’était pas encore illégal aux États-Unis. Ce vide juridique prendra fin peu après avec le "Computer Fraud and Abuse Act" (1986). Preuve de son impact politique, WarGames fut projeté devant le Congrès américain ; le représentant Dan Glickman ouvrit la séance en déclarant : "Nous allons projeter environ quatre minutes du film “WarGames”, qui illustre assez clairement le problème. » Un rapport parlementaire soulignait alors que le film offrait "une représentation réaliste des capacités de numérotation automatique et d’accès des ordinateurs personnels".
...jusqu'au POTUS
L’influence du long-métrage atteignit même les plus hautes sphères de l’État. Projeté à Ronald Reagan à Camp David durant l’été 1983, le film aurait profondément marqué le président, sensible à son avertissement sur les dangers d’une intrusion informatique dans les systèmes militaires. Dès 1984, Reagan encouragea l’adoption de nouvelles lois pénales et demanda à l’armée d’évaluer ses propres vulnérabilités face aux scénarios esquissés par le film.
Alerte maximale au NORAD
Plusieurs quasi-accidents nucléaires ont directement nourri l’imaginaire des scénaristes Lawrence Lasker et Walter F. Parkes lors de l’écriture de WarGames. Parmi eux figure notamment l’incident survenu au NORAD le 9 novembre 1979, lorsque des données issues d’une cassette de simulation d’entraînement — simulant une attaque de missiles lancés par des sous-marins soviétiques — furent par erreur injectées dans le véritable système d’alerte. Pendant six minutes, l’armée américaine passa en état d’alerte maximale, avant que le réseau radar ne confirme l’absence de toute menace réelle. Cet épisode conduisit à l’externalisation des simulations d’entraînement hors du site du NORAD. Dans le film, cet événement trouve un écho direct à travers l’un des scénarios élaborés par l’ordinateur Joshua, qui met en scène une invasion de sous-marins nucléaires soviétiques.
Au cœur du NORAD en studios...
Pour les besoins de WarGames, la production n’a pas lésiné sur les moyens en terme de décors : la reconstitution du centre de commandement du NORAD a englouti à elle seule près d’un million de dollars, un record absolu pour un décor de cinéma à l’époque. Privés d’accès au véritable site militaire, strictement confidentiel, les producteurs ont dû en imaginer une version entièrement fantasmée. John Badham rappelle d’ailleurs, dans le commentaire audio du DVD, que le vrai NORAD est bien plus austère que son équivalent de celluloïd, qualifiant le décor du film de "fantasme ultime du NORAD" — une vision spectaculaire et technologique qui a durablement façonné l’imaginaire collectif de la guerre froide.
... et en décors réels
Le vaste décor intègre pas moins de douze écrans géants. Une prouesse pour l’époque, comme le rappelle Michael L. Fink, superviseur des effets visuels : "ce type d’écrans n’existait tout simplement pas encore" ». Les images étaient projetées par rétroprojection, une technique héritée des années 1930, traditionnellement utilisée pour intégrer des arrière-plans filmés en décor réel.
À l’époque du tournage, le véritable centre de commandement du NORAD était enfoui au cœur du mont Cheyenne. Il est aujourd’hui installé sur la base aérienne de Peterson, à Colorado Springs, tandis que Cheyenne Mountain reste un centre stratégique de secours.
Le film a également posé ses caméras dans l’État de Washington : le décor du quartier général du NORAD fut construit dans la région des Cascades. L’imposante porte menant au complexe souterrain de Cheyenne Mountain reproduisait fidèlement celle du site réel, telle qu’elle avait été révélée lors d’une visite de presse en décembre 1987 — à un détail près : son sens d’ouverture, inversé pour les besoins du film.
La porte de la Guerre des étoiles
Les scènes d’accès au complexe militaire ont été tournées dans un tunnel et sur des extérieurs situés à Griffith Park, à Los Angeles. Ce même tunnel servira plus tard d’entrée à "Toontown" dans Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988), puis au dénouement de Retour vers le futur II (1989), tout deux réalisés par Robert Zemeckis. Dans l' univers Stargate, le complexe de Cheyenne Mountain abrite le programme Stargate Tau'ri depuis 1997. Il apparaît notamment dans Stargate SG-1.
Un ordinateur en chair et en os
L'ordinateur WOPR (War Operation Plan Response) visible dans le filmest un accessoire emblématique conçu à Culver City, en Californie, par des membres de la section locale 44 de l’Alliance internationale des employés de scène. Imaginé par le chef décorateur Geoffrey Kirkland à partir de photographies de machines à tabuler anciennes, de consoles et de mobilier militaire des années 1940–1950, puis mis en forme par le directeur artistique Angelo P. Graham, l’ordinateur était en réalité fabriqué en bois et recouvert d’une peinture à effet métallique.
Pendant le tournage, le superviseur des effets spéciaux Michael L. Fink était dissimulé à l’intérieur de la structure, pilotant les affichages et le compte à rebours via un Apple II, selon les instructions de John Badham, qui souhaitait y ajouter des gyrophares !
Photos Hulton Archive © 2014 Getty Images © Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc.
Wargames (id.), 1983, John Badham, États-Unis.
Autre titre : Jeux de guerre (Canada).
Son : 70 mm 6-Pistes (70 mm), Dolby Stereo(35 mm), Dolby Digital. Format d'image : 1.85.
Réalisateur : . Durée : 1h54.
Productions : United Artists, Sherwood Productions.
Distribution France : United International Pictures (UIP).
Producteur : Harold Schneider.
Producteur associé : Richard Hashimoto.
Producteur exécutif : Leonard Goldberg.
Scénario : Lawrence Lasker, Walter F. Parkes.
Directeur de la photographie : William A. Fraker.
Direction artistique : James J. Murakami.
Chef décorateur : Angelo P. Graham.
Décorateur plateau : Jerry Wunderlich.
Effets spéciaux (sociétés) : Artiste effets spéciaux : Joe Digaetano. Artiste effets visuels : Michael L. Fink (supervision).
Montage : Tom Rolf.
Casting : Wallis Nicita.
Musique : Arthur B. Rubinstein.
Costumes : Barry Francis Delaney.
Interprètes : Matthew Broderick (David), Ally Sheedy (Jennifer), Dabney Coleman (McKittrick), John Wood (Falken), Barry Corbin (General Beringer), Juanin Clay (Pat Healy), Kent Williams (Cabot), Dennis Lipscomb (Watson), Joe Dorsey (Conley), Irving Metzman (Richter), Michael Ensign (L'assistant de Beringer), William Bogert (Mr. Lightman), Susan Davis (Mme Lightman), James Tolkan (Wigan)...
Date de sortie française : 14 Décembre 1983 / Présenté au Festival de Cannes le 19 mai 1983.
Date de sortie US : 3 juin 1983.
Budget estimé : 12M$
Recettes mondiales : 79M$
Menus du Blu-Ray / © Arcadès éditions © Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc.Tous droits réservés
La société Arcadès qui distribue désormais les majors américaines, comme Warner et les françaises comme bientôt M6/SND, a également lancé son propre label éditorial, Arcadès Éditions, ce qui lui permet de se positionner sur une offre que les grands groupes ne couvrent pas et de se réapproprier les droits d’édition, dans un marché où de nombreux films ne trouvent pas d’éditeur.
Les précédentes éditions de Wargames dataient du 19 Décembre 2012 (Edition 30ème anniversaire édité chez Amazon MGM Studios). Arcadès Editions propose donc une nouvelle sortie digitale pour Wargames le 16 Décembre 2025 :
📀 4K Ultra HD + Blu-ray deux disques (UHD-66, BD-50)
A partir du menu animé avec des scènes emblématiques du film, vous pouvez accéder au film (1h52'46"), à la configuration (langues, sous-titres) et aux bonus.
🎙️En audio : DTS-HD Français 2.0 et Anglais 5.1 et sous-titres français uniquement. Quelques faiblesses dans la version française, les scènes où le geek Broderick apparaît aurait méritées plus d'ampleur sur la partition musicale "Video Fever".
L'image est en 4K encodée HEVC - HDR10 est au format 16/9, ratio 1.85, tirée de la pellicule source 35mm, filmé en Panavision avec un grain assez présent et une image typique des années 80, mais qui permet de retrouver la nostalgie nécessaire à la vision du film.
Extrait de Chargement de Wargames © Arcadès éditions © Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc.Tous droits réservés.
Les bonus sont identiques sur le 4K Ultra HD et le Blu-Ray :
- Les Coulisses du NORAD : Forteresse de la guerre froide (2007, 10’53”, VOST) : les scénaristes Lawrence Lasker,Walter F. Parkes et Matthew Broderick évoquent le contexte de la guerre froide entre USA et URSS au moment du film.
- 😊Chargement de Wargames Partie 1 (17’44”, 2007, VOST) : Dans cette première partie du making of (rétrospectif), sont évoqués le choix du casting du film et le changement de réalisateur après deux semaines de tournage et le travail de réécriture au quotidien par le scénariste Tom Mankiewicz comme évoqué plus haut. Loin du documentaire promotionnel standard, le doc ne cache pas les difficultés rencontrées par la production de Wargames.
- Chargement de Wargames Partie 2 (27'42", 2007, VOST) : Cette deuxième partie explique le tournage, la réalisation du décor du NORAD.
- Bande-annonce (HD, 2’22”, VOST)
*Le hors-champ est la partie de la scène qui n'apparaît pas dans un plan d'un film parce qu'elle n'est pas interceptée par le champ de l'optique de la caméra que ce champ soit invariable (plan fixe), ou variable (plan où la caméra effectue un mouvement (panoramique et/ou travelling) et/ou un zoom).
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