BARBARELLA (1968)

L'histoire

En l'an 4000, l'astronaute Barbarella, alors en vacances, se voit confier par le président de la Terre une mission spéciale. Elle doit retrouver Durand-Durand, un savant disparu il y a quelques années, inventeur de l'arme absolue, qu'il veut vendre à une planète ennemie.


L'AVIS DE SF-STORY****

POINTS POSITIFS ET NEGATIFS

Un manifeste visuel pop et psychédélique devenu culte, porté par le charisme iconique de Jane Fonda et un kitsch aujourd’hui assumé qui fait le charme du film.

Un récit décousu, sacrifié au profit de l’esthétique et de l’érotisme.

Le charme kitsch de Barbarella

 

Œuvre charnière entre pop art, science-fiction psychédélique et fantasme sixties, Barbarella demeure aujourd'hui un objet aussi fascinant que désuet. Roger Vadim y privilégie l’iconographie et l’érotisme ludique à toute rigueur narrative, se perdant au fur et à mesure du film dans un récit souvent décousu et naïf. Si les effets spéciaux bricolés et les décors en carton-pâte ont mal vieilli, ils participent aujourd’hui à un charme kitsch pleinement assumé. Jane Fonda, icône absolue, traverse le film avec une candeur hypnotique qui fait oublier les faiblesses de jeu autour d’elle. Plus manifeste esthétique futuriste que véritable film de SF, Barbarella reste une curiosité majeure, témoin d’une époque où l’imaginaire spatial se voulait avant tout libre, sensuel et décomplexé.

HORS-CHAMP*

Un univers débridé et loufoque

 

En 1968, à une époque où la science-fiction au cinéma oscillait entre spectaculaire naïf et expérimentation visuelle, Barbarella est apparu comme une œuvre à part, audacieuse, pop et profondément ancrée dans l’esthétique des années 60. Réalisé par Roger Vadim, produit par Dino De Laurentiis et librement adapté de la bande dessinée éponyme de Jean-Claude Forest, ce film franco-italien en langue anglaise s’est imposé, malgré une réception critique parfois mitigée (nous y reviendrons), comme l’un des films de science-fiction les plus emblématiques et les plus cultes de son époque. 

L’histoire se déroule en l’an 40 000, où l’astronaute Barbarella (incarnée par la sculpturale Jane Fonda) est chargée par les autorités terrestres de retrouver le savant Durand-Durand, inventeur d’une arme redoutable et disparu sur une planète lointaine. Au fil de sa quête, elle traverse un univers débridé et loufoque, peuplé de créatures étranges, de reines cruelles, d’anges aveugles et de révolutionnaires farfelus, dans un mélange hédoniste d’aventure, d’érotisme et de délire visuel.

Un casting à l'image du film

 

Le casting international du film est un carrefour de talents et d’excentricités international : le film étant une co-production franco-italienne. Jane Fonda dans le rôle-titre, actrice en pleine ascension (et mariée à Roger Vadim depuis 1965), apporte charme, éloquence et ironie. L'auteur de la BD, Jean-Claude Forest, s'était pourtant inspiré de la blonde Brigitte Bardot pour créer Barbarella (BB pour B) : lorsqu'on a proposé à l'actrice le rôle-titre, elle a refusé, ne souhaitant plus interpréter de rôles sexy. C'est donc l'actrice américaine qui est chosie, entourée de l'acteur John Phillip Law qui joue l’angélique Pygar ; l'irlandais Milo O’Shea incarne le dangereux Durand-Durand (qui donnera son nom au groupe pop des années 80 Duran Duran!); la mannequin italo-allemande Anita Pallenberg, le britannique David Hemmings, l'italien Ugo Tognazzi et même Marcel Marceau dans un rôle muet complètent cette distribution iconoclaste, témoignant à la fois de l’esprit cosmopolite et du caractère résolument décomplexé du film.

Le mime Marcel Marceau interprète Le Professeur Ping. Tous droits réservés.

Du pop art en 35mm

 

Sur le plan visuel, Barbarella est un tourbillon pop-art : les décors conçus par le chef décorateur italien Mario Garbuglia (Le Guépard, Orca) et les costumes créés par Jacques Fonteray avec des influences de Paco Rabanne pour les tenues finales s’inspirent des illustrations de la BD originale tout en les poussant vers un melting pot de couleurs, de formes et de textures novatrices pour l’époque. Les multiples changements de tenue de Fonda, entre métalliques, transparents et futuristes, ont contribué à faire de Barbarella une icône de style intergalactique (voir les diverses tenues dans la galerie consacrée au film).

Effets spéciaux artisanaux

 

Les effets spéciaux du film témoignent d’une inventivité artisanale : maquettes, peintures sur verre, marionnettes, projections, fonds optiques et trucages mécaniques rythment les séquences qui n’hésitent pas à conjuguer psychédélisme, humour et théâtralité. Sorti peu de temps après 2001 : l’Odyssée de l’espace, soit le 27 Septembre 1968 et le 25 Octobre pour Barbarella, ces effets peuvent paraître modestes aujourd’hui, mais ils servaient admirablement le ton ludique et décalé du film, comme dans le célèbre et magnifique générique du striptease en apesanteur qui donne l'impression que Barbarella flotte à l’intérieur de son vaisseau, réalisé grâce à un dispositif simple mais ingénieux : Jane Fonda était allongée sur une large plaque de plexiglas, sous laquelle avait été disposée une image du vaisseau spatial (voir photo). Filmée en plongée, la scène crée ainsi une illusion convaincante d’apesanteur ! On retiendra aussi la chanson du générique interprétée par Bob Crewe et Charles Fox, et qui reste longtemps dans la tête.

Le tournage se déroule principalement sur les plateaux de Cinecittà à Rome, où des décors partagés ont été réutilisés avec d’autres productions contemporaines, et où des astuces de plateau (comme l’usage de véritables ventilateurs et de graines pour attirer des oiseaux) illustrent l’énergie inventive des équipes. Plusieurs scènes spectaculaires, dont celles mettant en jeu la Machine à Plaisir ou le "Matmos" (vase vivant de la planète Sogo -contraction des cités de Sodome et Gomorrhe), ont nécessité des solutions techniques originales et l’utilisation de substances variées pour obtenir l’effet visuel souhaité.

Une anecdote de tournage évoquée par l'actrice Jane Fonda dans l'émission C à Vous, pour les scènes de nu, l'actrice très pudique était particulièrement stressée; pour surmonter sa peur elle buvait de la vodka avant le tournage de ces scènes comme celle du générique par exemple.

Vadim avant Barbarella

 

Avant Barbarella (1968), le réalisateur Roger Vadim s’était déjà imposé comme une figure majeure, souvent provocatrice, du cinéma français. C'est avec Et Dieu… créa la femme (1956) qu'il se fait connaître, en révélant Brigitte Bardot au monde entier, et fait scandale par son érotisme torride et sa liberté de ton. Immense succès international, le film transforme Vadim en symbole au cinéma de la modernité sexuelle de la fin des années 50.

Avec Les Liaisons dangereuses 1960 (1958), il adapte  le roman de Laclos, transposé dans la bourgeoisie moderne avec un cynisme moral qui l'assoit comme un cinéaste sulfureux et stylisé. Dans la même année avec Le Vice et la Vertu (1959), inspiré de Justine du marquis de Sade. il poursuit son exploration de l’érotisme, de la cruauté et du rapport entre morale et désir..

Dans Et mourir de plaisir/Blood and Roses (1960), il aborde le cinéma fantastique et gothique, dans un scénario librement inspiré de Carmilla du romancier écossais Sheridan Le Fanu. 

Suivent deux films avec Brigitte BardotLa Bride sur le cou (1961) et Le Repos du guerrier (1963), succès commerciaux qui confortent son nom comme un réalisateur important des années 60. 

Jane Fonda/Roger Vadim sur le tournage de Barbarella. Tous droits réservés.

C'est dans un segment (Metzengerstein) du film a sketchs Histoires extraordinaires/Spirits of the Dead (1967), inspiré d’Edgar Allan Poe qu'il revient au fantastique et rencontre Jane Fonda, ce seront les prémices de l’esthétique baroque, érotique et gothique qui culminera dans Barbarella.

Avant Barbarella, Roger Vadim s’est construit une filmographie marquée par : la provocation sexuelle, la mise en avant de figures féminines puissantes et transgressives, un goût pour le fantastique, le gothique et l’érotisme stylisé, une esthétique qui évoluera vers le pop et le psychédélique. Son choix comme réalisateur pour Barbarella apparaît ainsi comme la synthèse logique de son parcours : érotisme, fantasme, science-fiction et culture pop fusionnés dans un même objet cinématographique.

Objet cinématographique pop

 

À sa sortie, Barbarella n’a pas fait l’unanimité et ne déplace que 878 015 spectateurs dans les salles françaises. Certains critiques l’ont accusé de superficialité ou de se concentrer excessivement sur l’érotisme et le style visuel, au point de mériter un pour contenu jugé provocateur. 

Dans Les Cahiers du cinéma, le film est perçu comme "un objet décoratif, emblématique d’un cinéma de surface, plus intéressé par l’iconographie érotique que par la science-fiction en tant que genre". Reprochant à Vadim "une vision jugée creuse, éloignée de toute ambition politique ou formelle". Pour L'Express, "Vadim préfère l’érotologie à l’électronique",  même si certains critiques reconnaissent au film une dimension de symptôme culturel de la fin des années 1960.

Pourtant, au fil des décennies, il a acquis un statut de film culte, célébré pour son audace, son esthétique camp, son humour décalé et son rôle de pionnier dans l’adaptation de comic book de science-fiction à l’écran bien avant les blockbusters modernes. 

Son influence culturelle s’étend jusqu’à notre époque et le film continue d’être réévalué comme un artefact essentiel du cinéma SF psychédélique et underground des années 60. Dans l’histoire du cinéma de science-fiction, Barbarella demeure un phénomène visuel et esthétique, un jalon entre la BD pop européenne et l’imagerie futuriste des décennies à venir, un manifeste de style autant qu’un terrain de jeu pour l’imaginaire. Des films s'inspireront de l'univers du film, on peut citer le Flesh Gordon (1974) de Howard Ziehm et Michael Benveniste, parodie X assumée de Flash Gordon, mais qui recycle explicitement l’imaginaire de Barbarella : SF sexy, humour absurde, esthétique pop et débridée ou le Flash Gordon (1980) de Mike Hodges, sans doute l’héritier le plus évident avec une SF pulp, décors kitsch, couleurs saturées, méchants manichéens à souhait et sensualité assumée. Plus sombre et philosophique, le Zardoz (1974) de John Boorman, qui reprend aussi l’idée d’une SF psychédélique, provocante, mêlant sexualité, costumes extravagants (le body de Sean Connery!) et critique sociale.

Barbarella la BD

 

Barbarella est une œuvre emblématique de la BD francophone des années 1960, souvent considérée comme l’une des BD fondatrices de la bande dessinée pour adultes.

Le personnage naît en 1962 à la demande de Georges H. Gallet, rédacteur en chef de V Magazine, un mensuel illustré grand public à destination d’un lectorat adulte. L’idée initiale est de proposer une science-fiction moderne, ironique et sensuelle, inspirée des pulps américains comme Flash Gordon mais modifiée avec l’esprit libertaire et érotique des années 60. Forest imagine alors une héroïne libre, autonome, voyageant de planète en planète, dont la sexualité assumée fait partie intégrante de son identité inspirée par l'actrice Brigitte Bardot... une véritable rupture dans la France puritaine des sixties.

Publiée pour la première fois en feuilleton dans V Magazine, à partir du numéro 556 (avril 1962), dans une relative discrétion, ne suscite pas immédiatement de scandale, le support étant perçu comme moins visible que l’album cartonné. Le choc survient en 1964, lorsque les récits sont rassemblés en album chez Le Terrain Vague, maison d’édition dirigée par Éric Losfeld, figure centrale de l’édition underground et érotique française.

La sortie de l’album provoque alors une vive réaction des ligues de moralité et de la censure, qui reprochent à l’œuvre son érotisme explicite, même si celui-ci reste aujourd’hui très sage. Barbarella devient ainsi l’un des symboles fondateurs de la “BD pour adultes” francophone. Certaines éditions ultérieures seront même retouchées : ajouts de vêtements, soutien-gorge dessinés a posteriori, scènes modifiées.

La série se poursuivra de manière intermittente pendant près de vingt ans, avec des publications dans différents magazines, notamment L’Écho des Savanes, jusqu’en 1981. Entre-temps, le personnage aura acquis une notoriété mondiale avec son adaptation au cinéma. Son importance historique tient surtout à son audace érotique (soft) et à la liberté de ton de Jean-Claude Forest, qui ont marqué durablement l’imaginaire collectif. Si le personnage fascine par sa sensualité assumée et son statut d’icône, les récits eux-mêmes sont jugés aujourd’hui inégaux, parfois naïfs et lourdement dialogués. Le dessin, apprécié pour les courbes de l’héroïne, divise davantage sur les décors et l’encrage. Le kitsch science fictionnel et les facilités scénaristiques ont mal vieilli, même si l’imaginaire reste
foisonnant et poétique. Barbarella demeure ainsi moins passionnante pour ses histoires que pour ce qu’elle représente : un jalon culturel et symbolique majeur de la BD moderne.

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PHOTOS

© 2011 Getty Images / © Silver Screen Collection / © 1968 - Paramount Pictures.

Tous droits réservés.

AFFICHES


GENERIQUE

Barbarella (id.), 1968, Roger Vadim, France/Italie.

Son : MonoFormat d'image : 2.35. 35 mm(Eastman). Couleurs.

Réalisateur : Roger VadimDurée : 1h38. 

Productions Marianne Productions, Dino de Laurentiis Cinematografica.

Distribution France : Les Films Paramount

Producteurs : Dino De Laurentiis, Henri Michaud.

Scénario : Terry Southern, Roger Vadim avec la collaboration de Claude Brulé, Vittorio Bonicelli, Clement Biddle Wood, Brian Degas, Tudor Gates, Jean-Claude Forest, Charles B. Griffith d'après la bande dessinée "Barbarella" de Jean-Claude Forest.

Directeur de la photographie : Claude Renoir.

Direction artistique : Umberto Campagna.

Chef décorateur : Mario Garbuglia.

Décorateur plateau : Giorgio Hermann.

Effets spéciaux : Gérard Cogan (effets d'animation), Augie Lohman (superviseur), Thierry Vincens-Fargo (effets d'animation), Charles Staffell (effets visuels), Atlas Copco.

Montage : Victoria Mercanton.

Casting : Guidarino Guidi.

Musique : Bob Crewe, Charles Fox.

Costumes : Jacques Fonteray, Paco Rabanne.

Maquillage : Amalia Paoletti, Euclide Santoli.

Interprètes : Jane Fonda (Barbarella), John Phillip Law (Pygar), Anita Pallenberg (Le Tyran), Milo O'Shea (Le concierge/Durand-Durand), Marcel Marceau (Professeur Ping), Claude Dauphin (Le Président de la Terre), Véronique Vendell (Capitaine Moon), Giancarlo Cobelli (Le révolutionnaire), Serge Marquand (Capitaine Sun), Nino Musco (Le général), Franco Gula (Le suicidaire/scènes coupées), Catherine Chevallier (Stomoxys), Marie Thérèse Chevallier (Glossina), Umberto Di Grazia (Un habitant de Sogo), David Hemmings (Dildano), Ugo Tognazzi (Mark Hand)...

Date de sortie française : 25 octobre 1968.

Budget estimé : M€.



PLUS SUR BARBARELLA

BOUTIQUE SF STORY EN PARTENARIAT AVEC

TEST BLU-RAY/DVD

Visuel de l'édition spéciale FNAC Blu-Ray 4K Ultra HD 

Une nouvelle édition du film est sortie le 10 Décembre 2025. L'éditeur Paramount Pictures France déclinée en deux versions :

📀 Édition Spéciale FNAC 4K Ultra HD + Blu-ray : c'est la plus complète avec une pochette collector contenant : 2 affiches du film, 6 cartes collector de photos du film, 1 photo grand format de Jane Fonda en Barbarella, 1 planche de 5 stickers, 3 dessous de verre et une reproduction de la pancarte « alpha 1 ».

📀 Edition 4K Ultra HD + Blu-ray présentée dans un boîtier avec fourreau et contenant : le 4K Ultra HD du film et le Blu-ray du film 

Il existait deux précédentes éditions du film chez le même éditeur : en Blu-ray/DVD le 12 décembre 2018 et le 5 décembre 2012.

Sur cette édition, à partir du menu : accès au film (Lecture), aux réglages, et l'accès aux scènes (19 chapitres).

Le film profite d’un encodage 4K HEVC - HDR10 à partir de la source 35mm. Globalement solide et d’une restauration soignée, parfois mise en défaut par des baisses sensibles de définition, quelques plans flous et un grain très marqué sur les séquences à effets spéciaux visuels. Malgré ces limites, cet objet kitsch retrouve un écrin HDR10 flatteur, porté par une palette de couleurs éclatante, un piqué convaincant et des contrastes bien maîtrisés.  

© Paramount Pictures France Tous droits réservés.

Côté son sur le Blu-Ray la VF est en Dolby Digital 1.0 et en anglais en Dolby TrueHD 1.0, cette dernière offre un mixage propre et équilibré, avec des dialogues clairs et une musique bien mise en valeur, nettement plus ample et spatial que la version française mono en Dolby Digital, davantage centrée sur les voix et moins généreuse en ambiances et effets. Il faut noter que c'est Jane Fonda elle-même qui réalise son doublage en français. Il existe aussi une piste audio allemande et une espagnole en mono Dolby Digital.

Les sous-titrages ne font pas défaut : anglais pour malentendants, cantonais, tchèque, danois, allemand, espagnol, japonais, coréen, mandarin, néerlandais, norvégien, suédois, thaïlandais.

En revanche pas de bonus sur ces deux éditions (comme pour les précédentes), dommage car il existait notamment cette featurette Dans les coulisses du film « Barbarella » (1968) visible sur Youtube ou un documentaire de l'INA, tous deux accessibles sur cette page.


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